HISTOIRE
266
Le Cardinal Mazarin , qui craignoit la suite de la disposition oùI6fq. étoit le Clergé , se hâta de terminer la négociation. II envoya à Vin-
cennes le Comte de Noailles, qui lui étoit dévoué. Ce Comte fit au
On négocie prisonnier un grand discours sur l’autorité du Roi , fur les dangers
avec lui. auxquels s’expofoient ceux qui ôfoient lui résilier. II lui dit même net-
tement qu’on étoit résolu d’aller vite & de prendre les voies, dont lesautres Etats avoient donné tant d’exemples. Le Cardinal de Retz étoit deces caractères , que la hauteur & les menaces révoltent; il reçut mal cediscours , & quoi qu’au fonds il fût résolu de se soumettre aux volon-tés de la Cour , il se tint fortement sur la négative , de manière quela conférence , qui dura au-moins deux heures , se passa toute entièreen contestations extrêmement vives.
L e voyage du Comte de Noailles eut été absolument inutile fans unjeune Exempt des Gardes du Corps nommé d’Avanton. Par fa polites-se & ses bonnes manières , il s'étoit insinué dans l’esprit du Cardinalde Retz , qui s’étoit ouvert à lui de la résolution, où il étoit de Rac-commoder. Ce jeune homme parla au Négociateur, & l’avertit, qu’iln’obtiendroit rien du Cardinal par hauteur ; mais que s’il vouloit se ra-doucir , & lui promettre , qu’il auroit la liberté de conférer avec un deses amis , il en seroit tout-à-fait content. Ce Conseil fût suivi , & onen éprouva la vérité & la sagesse. Mr. de Retz promit de donner sadémission ; mais il refusa de s’y engager par écrit , parce qu’il ne vou-loit pas s’exposer à l’abus qu’on en pourroit faire, fans être assûré dela récompense, qu’on lui promettoit au - lieu de l’Archevêché. II fallutmême recevoir , & promettre , qu’on r en droit public un écrit , danslequel, après des protestations de son obéissance , il remercioit le Roide la bonté qu’il avoit de penser à sa liberté , & déclaroit qu’il ne pou-voit l'accepter , aux conditions , qui lui étoient proposées de re-noncer à l’Archevêché de Paris en prenant plusieurs bénéfices d’unrevenu équivalent , persuadé qu’elles étoient contraires à son hoìmeur ,& à ce qu’il devoit à l’Eglile.
Caumartin & les autres amis deMr.de Retz ignorèrent les secretsde cette conférence ; ils s’en tinrent à la réponse , qui fût rendue pu-blique le jour même. Le prisonnier se contenta de leur faire savoir ,qu’il avoit demandé encore une fois la liberté de conférer avec un deses amis , & qu’il espéroit qu’enfin on la lui accorderoit. Son but ,dans cette entrevue, étoit de faire croire , qu’on lui auroit conseilléle parti que son ennui & ses fraïeurs l’avoient déterminé à prendre ,espérant , que s’il ne pouvoit pas faire entrer son ami dans son senti-ment , il n’óseroit au-moins s’y opposer directement.
11 donne sa L e Président de Bellièvre fût nommé par la Cour pour cette confé-
démìffion. rence. Caumartin l’ayant sû l’alla voir pour l’engager à fortifier Mr.
de Retz dans la résolution de ne point donner sa démission rassurant ,que quoiqu’on pût dire , le.prisonnier amusoit la Cour. Le prémier Préíì-joiì, Tom 2. dent alla àVincennes, résolu, dit Joli, à faire tout le contraire de ce que leP a g- 67. Ministre-