DE LOUIS XIV. LIV. XVII. 277 *
pendant un très longtems d’être l’homme le mieux fait de son Roïau- —me. A le voir feulement, on fentoit qu’il étoit le Roi, & qu’il 11’ou- i6fqblioit presque jamais qu’il l’étoit. Toujours sérieux & composé, toujoursattentif aux bienséances, & si je puis le dire aux cérémonies, il impo-soit à tous ceux qui l’approchoient, & pénétrait de respect & d’une es-pèce d’admiration ceux qui ne pouvoient que le voir.
S a sagesse & sa discrétion, ou plutôt, sa timidité & l’envie de nerien dire que de bien, qui l’empêchoit de s’expliquer, firent douterlong-tems s’il avoit de l’esprit ; & on ne balançoit point de lui préférerà cet égard Monsieur, son frère unique, qui sans rien craindre hazar-doit ce qui lui venoit dans l’idée , & disoit mille jolies choses. Le teinsfit voir qu’on s’étoit trompé. La timidité cessa, & on vit un caractèresolide & judicieux, capable des plus grandes affaires & de gouvernerpar lui-même, s’il avoit toûjours voulu s’en donner la peine & en sup-porter la fatigue.
Pour ses inclinations, dès-lors il aimoit la gloire & les louanges.
Il vouloit être le Maître, & que ceux qui gouvernoient fous lui & enson nom le fussent. On ne peut rien ajouter au respect qu’il eût pourla Reine sa mère , à la déférence, à l’amitié qu’il avoit pour le Cardi-nal Mazarin , & pour tous ceux que la Reine & ce Ministre rassuraientn’avoir point eu de part aux troubles de fa Minorité, ou s’en être sin-cèrement repentis. On s’apperçut bientôt que son cœur ne ferait pasinsensible aux attraits de la volupté. On a voulu dire que ce penchant,qui l’a si longtems dominé, étoit l’effet de la mauvaise éducation , qu’onlui avoit donnée, pour être plus longtems maître des affaires ; c’étoitl’effet du tempéramment. On n’avoit rien négligé pour lui former l’es-prit & le corps. II dansoit excellemment; il montoit un cheval auffi-bien & mieux que tous ceux de son âge ; il en étoit de même des au-tres exercices, il y excelloit. Anne d'Autriche s’étoit particulièrementappliquée à le former à la piété. Elle y avoit si bien réussi, & l’avoitfait d'une manière si aimable & si insinuante, qu’elle fût la prémière àqui il découvrit le trouble, que causèrent dans son cœur les prémièresimpressions de l’amour. Celle qui les fit naître fût Mademoiselle deMancini nièce du Cardinal Mazarin. Celle-ci, plus rusée que le jeuneMonarque, concevoit les suites de cet amour, & auffi ambitieuse qu’a-droite elle les souhaitoit. L’inclination parut cette année avec éclat.
Tous les honneurs des bals & divertissemens publics furent pour Made-moiselle Mancini ; jusque-là même , qu’en présence de la Princesse d'An-gleterre , le Roi s’oublia jusqu’à la prendre pour une prémière danse.
Cette inclination se fortifia & aurait eu des suites fâcheuses , si ce Prin-ce n’avoit eu plus de raison encore & de déférence pour les remontran-ces de la Reine & de son Ministre, qu’il n’avoit de passion.
C’e'st en cela que consiste la faute de ceux qui présidoient à sonéducation. Dès qu’on s’apperçut de la passion naissante , il falloit y rémé-dier ; mais on íè fioit trop à la sagesse de ces jeunes amants ; peut-être
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