DE LOUIS XIV. L IV. XVII. 279
de conversation avec quelqu’un qui lui parloit, sans pourtant rien distin-guer de ce qui s’y difoit. II crut d’abord que lui , ou son soldat re-voient. La conversation recommença. Le jeune homme interrogé refu-sa de s’expliquer , & dit constamment qu’il ne savoit ce qu’on vouloirlui dire. Enfin une fois que le dialogue avoit été plus long, il fût tel-lement pressé par son Capitaine , qu’il lui avoua qu’on lui parloit, & pro-testa en même tems qu’il ignorait absolument qui ce pouvoit être. II fitle détail de ce qu’on lui avoit appris. II dit que bientôt on donneraitune bataille, qu’on la perdrait, qu’il resterait presque seul de son Régi-ment , & qu’on l’avoit assuré que par degrés il monterait au plus hautrang qu’un homme de guerre puisse espérer.
Madame de Caylus ajoûtoit, que le même génie avoit toujours con-tinué de l’avertir & de le conseiller ; qu’à la vérité, jamais il 11e luiavoit parlé, ni en bien ni en mal de la Religion, niais qu’il l’avoit tou-jours exhorté à vivre avec honneur & avec probité. Elle difoit encore,que la mort de Monsieur son père avoit eu quelque chose de fort extra-ordinaire. 11 tomba malade , disoit-elle, & quoique sa maladie fût le-gère, il nous assura qu’il n’en relèverait point. Au bout de trois ouquatre jours il parut plus inquiet qu’à Pordinaire ; fur le midi, il nousdemanda fi nous ne voïons rien , & nous ordonna de l’avertir en casque nous vissions quelque chose d’extraordinaire. Vers une heure nousvîmes ou nous crûmes voir en Pair une espèce de boule de feu ; nousl’avertîmes. C’ést assez, nous dit-il, adieu ; & à l’instant il expira.
Qu 01 qu’il puisse être de ce fait, dont je n’ôserois assurer la vérité,bien que je puisse protester que je n’ajoûte rien au récit qu’on m’en afait, Mr. de Fabert a été un des meilleurs Officiers de son tems. II s’estdistingué dans toutes les occasions où il s’est trouvé ; il a mérité les hon-neurs auxquels on l’a élevé , & personne de ceux qui Pont connu & quiont sû se rendre justice , ne les lui ont enviés. Sa probité répondoit àfa bravoure, & quoi-qu’il soit mort fort riche, on ne lui a point repro-ché de P être devenu par de mauvaises voies.
La tranchée devant Stenai s’ouvrit auffi-tôt que la circonvallationfût achevée; c’ést-à- dire, la nuit du trois au quatre juillet. Le huit,onze pièces de canon commencèrent à battre la Ville. Le lendemain,malgré une grande sortie, un bataillon des Gardes Françoises & un desSuisses , firent un logement au pied du glacis de la contrescarpe de laCitadelle, & on travailla à deux fourneaux. Louis quatorze, dontl’inclination guerrière étoit extrêmement augmentée par les succès deTannée dernière , & par les titres de Vainqueur & de Conquérant,qu’on lui avoit prodigués, vint au Camp de Fabert, dès que Stenai fûtinvesti. II s’exposa fort , visita les tranchées fans donner la moindremarque de crainte. II vit jouer les deux fourneaux qu’on avoit préparés,& fût témoin de la bravoure de Gadagne, qui, à la tête du Régimentde la Marine , ne voulut point sortir de garde, qu’il ne se fût rendumaître du chemin-couvert, & qu’íl n’eût attaché le Mineur à la demi-lune, qui étoit la principale défense de la Place. Fabert
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