DE LOUIS XIV. LIV. XVII,
281
prompte, que les chemins se trouvèrent fermés tout d’un coup. De Barfût deux ou trois jours fans pouvoir réûffir. Ayant ensuite fait deux déta- 16 y q.
chemens de quatre cent chevaux chacun à un jour l’un de l’autre, d’Ec-quancourt & St. Lieu qui les commandoient, fe firent un passage au-tra-vers de la cavalerie ennemie , & entrèrent dans la Place avec la moitié deleurs troupes ; le reste ayant été tué ou pris, ou contraint de retour-ner fur ses pas. Mr. de Turenne détacha aussi de son Armée le Cheva-lier de Crequi avec cinq cent chevaux. II prit un grand détour. Aïanttrouvé une barrière du Camp des ennemis ouverte il y entra, & quoi-qu’il fût chargé par leur cavalerie, il fe jetta dans la Place avec la moi-tié de son monde.
O n avoit cru que l’entrée de ces secours feroit abandonner à l’en-nemi le dessein de ce siège ; on fe trompa. Ils firent travailler à leurs lig-nes , ils ouvrirent la tranchée la nuit du quatorze au quinze de juillet.
L’Archiduc étoit logé à la Cour-au-Bois. C’ést une grosse Ferme quiappartient à l’Abbaye de St. Vaast. Le Prince étoit à Achicourt du cô-té de Bapaume ; les Comtes de Fuenfaldagne & de Cardes avoient leurquartier à St. Laurent ; les Lorrains campoient du côté du Mont St. Eloy &du Camp de César, proche de l’Abbaye d’Etrun, fur le chemin de St.
Pol.
Arras est une grande Place. Elle est divisée en deux parties, la Difficulté deCité & la Ville. La Cité est fur une hauteur, ou plutôt fur un roc , qui ce “ e entie 'en rend les approches extrêmement difficiles. La Ville est défendue par des pri e ’marais, que forme la Scarpe, & les ruisseaux qui viennent s’y rendre.
Outre cette défense naturelle , on y avoit ajouté toutes les espèces defortifications qui étoient déjà en usage, & qu’ona seulement perfection-nées depuis. Les dehors étoient alors presque aussi étendus qu’ils lefont aujourd’hui. La Ville étoit abondamment munie. Elle avoit furses remparts une nombreuse artillerie ; la garnison étoit de mille chevaux& de quatre mille hommes de pied. Le Gouverneur étoit habile &brave ; le Chevalier de Crequi, d’Ecquancourt, St. Lieu qui l’étoient ve-nu joindre , étoient en état de le seconder & de l’aider à faire une bel-le défense. Ce fût à une entreprise de cette nature que les Espagnolsfe laissèrent engager par le Prince de Condé. Leur Armée étoit de vingt-cinq mille hommes. C’étoit beaucoup en ce tems-là, & par comparai-son avec l’Armée de France, qui n’étoit que de quinze à seize mille hom-mes ; mais c’étoit trop peu pour entreprendre d’affîéger une Ville, dontla situation obligeoit d’éloigner si fort ses quartiers , qu’il étoit difficilequ’ils fe secourussent au cas qu’ils fussent attaqués.
Cette Place étoit encore telle que Louis XIII. l’avoit prise. On Habiletés’étoit contenté d’en réparer les brèches & d’entretenir l’ancienne fortifi- du Gouver *cation, qui n’étoit qu’une vieille enceinte fans bastions ni aucune au- neur 'tre protection considérable. Le Gouverneur avoit une nombreuse gar-nison. Dès qu’il fe vit menacé il fit construire autour de fa Place ungrand nombre d’ouvrages de toute espèce à proportion du terrein ; mais
Tom. II. N n ces