DE LOUIS XIV. LIV. XVII. 28s
application à arrêter leurs convois. Cependant, comme le siège de Ste-nai-traînoit en longueur, que les ennemis ne laissoient pas d’avancer celuid’Arras, quoi-qu’avec une extrême difficulté, les Maréchaux de Tu-renne & de la Ferté résolurent d’attaquer les lignes. Ils y furent parti-culièrement déterminés par Mondejeu , qui faisoit semblant d’être pluspressé qu’il n’étoit en effet. C’éít l’usage des Gouverneurs. N’étant pasassurés que l’ennemi ne les attaquera point avec plus de vigueur , queleur garnison ne fe découragera, ne se rebutera point, ils mettent leschoses au pis quand ils font sages, & promettent moins qu’ils ne veulent& ne peuvent tenir. D’ailleurs, secourir une Place n’est pas une entre-prise aisée; elle demande du tems & du concert, & supposé qu’on puis-se s’y engager, on ne le peut guères faire trop-tôt.
D e' j a' les ordres étoient donnés & tout étoit prêt, lorsque le Car-dinal Mazarin manda que Stenai capituloit, & que le Roi marcherait en di-ligence à Péronne , & enverrait toutes les troupes qui avoient servi à cesiège. Comme ce Ministre vouloit les faire conduire par le Maréchald’Hocquincourt, dont Mr. de Turenne n’avoit pas lieu d’être contentdepuis l’affaire de Bleneau , il le pressentit à cet égard. La réponse fûttelle qu’il devoit l’attendre du plus grand Capitaine & du plus honnêtehomme de son siécle. Le Vicomte lui manda que dans des circonstan-ces si décisives, il ne pouvoit y avoir trop de troupes, ni trop de Chefs.
Comme on savoit certainement que la Ville pouvoit encore se dé-fendre; que si proche des ennemis il ne pouvoit rien arriver, dont onne fût averti quelques heures après, & que la difficulté des convois nepermettoit pas qu’on poussât le siège avec autant de vivacité qu’on au-rait souhaité, il fût résolu , qu’on attendrait l’arrivée du Maréchal d’Hoc-quincourt. II marcha avec toute la diligence possible. II arriva vers Ba-paume le quinzième août. Mr. de Turenne alla le joindre avec deuxmille chevaux. Ayant appris que les ennemis attendoient un grandconvoi de St. Pol, ils y marchèrent, prirent enfin cette Ville qui avoitété la ressource de l’ennemi ; mais le convoi n’y étoit plus, & on nejugea pas à propos de le poursuivre. On retourna du côté des lignes.On campa à Aubigni. C’éít un Prieuré de Chanoines réguliers, à moitiéchemin de St. Pol à Arras. Le lendemain on attaqua le Mont St. Eloy ;on y prit cinq cens hommes postés dans l’Abbaye, située fur le haut decette montagne. Le Maréchal d’Hocquincourt avec ses troupes s’établitdans le camp de César, après en avoir chassé une garde avancée des en-nemis.
L e Maréchal de Turenne en retournant à son camp , voulu t. recon-noître les lignes des ennemis. II s’en approcha à la demie portée du ca-non; il les cotoya le long de la Scarpe , jusqu’à ce qu’il les eût observéautant qu’il le jugea nécessaire. Les ennemis firent grand feu. II n’yeut point d'escadron qui ne perdit deux ou trois hommes. Le Ducd’Yorck, qui scrvoit en qualité de Lieutenant-général, & qui fe distin-gua fort cette Campagne, étoit en cette occasion. II dit que c’ést la
N n 3 feule
1654.
Intrépiditédu Vicomtede Turenne.