DE LOUIS XIV. L IV. XVII. 2S7
s’il ne réussissent pas. Le Maréchal de la Ferté , Gouverneur de Lorrai- ?ne , dont il tirait des sommes immenses, apprèhendoit d’en être chassé,fi ses troupes étoient défaites. Le Maréchal d’Hocquincourt, Gouver-neur de Péronne, Navailles Gouverneur de Bapaume, de Bar Gouver-neur de Dourlens, vouloient qu’on ne fît qu’une tentative pour sauverl’honneur de la France. Le Général, qui avoit bien médité son plan ,réprésenta qu’une simple tentative, loin de sauver la réputation des ar-mes de France la perdrait ; qu’il ferait visible, qu’on n’auroit osé com-battre , & qu’on serait blâmé avec justice d’avoir inutilement sacrifié deuxou trois cens hommes, qu’on ne pouvoit manquer de perdre dans unefausse attaque. II fit voir , qu’en poussant Tassasse sérieusement, on n’atta-quoit pas un seul endroit des lignes avec moins de quinze bataillons ;que quelques-uns ne trouveraient aucune résistance, ou tout au plus unpetit nombre de gens dispersés, qui ne pourraient empêcher, qu’on nes’établît au-dedans de leurs lignes , qu’on ne donnât passage à la cava-lerie &à l’infantcrie , qui n’auroit pu forcer le côté qui lui étoit oppose;qu’en attaquant la nuit, aucun quartier des ennemis ne viendrait au se-cours de Tautre ; qu’il n’y avoit à craindre que quelque désordre en mar-chant à Tennemi, mais qu’il ôsoit assurer, que si son plan étoit suivi,Arras serait délivré. Quelques solides que tussent ces raisons, on ne s’yserait point rendu fans les ordres positifs de la Cour , qui instruite descontestations décidoit en faveur du Vicomte, & ordonnoit positivementde tenter le secours.
Cette décision ne contint point le Maréchal de la Ferté. II en-voya un Trompette à Monsieur de Turenne à dessein de répandre lafraïeur dans son quartier. Ce Trompette entra brusquement dans la ten-te du Vicomte remplie d’Officiers. II dit tout haut, que son maîtreTenvoïoit pour rendre compte de ce qu’il avoit vû dans les lignes desennemis d’où il revenoit; qu’il se croioit obligé de lui en faire un rap-port fidèle, & de lui dire, que les ennemis avoient considérablement élevéleurs retranchemens ; que le fossé extérieur serait très difficile à passer ;qu’au-delà ils avoient creusé plusieurs rangs de trous , dont les intervallesétoient garnis de pieux ; que les lignes étoient bordées de troupes suf-fisantes pour les défendre. Comme on connoissoit le motif de ce mes-sage indiscret, c’ést le nom le plus doux qu’on puisse lui donner, cettedescription pathétique des dangers de l’entreprise effraïa beaucoup moinsqu’elle n’étoit capable de le faire.
Pendant que les contestations avoient duré, Mr. de Turenne neperdit aucune occasion de s’entretenir avec les Officiers de la manièredont il faudrait s’y prendre, & des difficultés qu’on pourrait trouver. IIleur recommandoit sur-tout, de tenir les soldats en bon ordre quand ilsseraient entrés dans les lignes, & de ne point les laisser avancer tropvîte ; que ce serait un tems de crise ; qu’il y aurait plus de danger d’enêtre repoussé que de peine à y entrer; qu’il falloic s’attendre, que lesquartiers voisins de celui qui aurait été forcé, se réuniraient contre les
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