1654 -
Les retran-chemens desEspagnolsfont forcés.
288 HISTOIRE
attaquans ; qu’il ne falloit point songer d’aller à la Ville ; mais marcher lelong de la ligne & en chasser les ennemis. II leur développa son pro-jet , qui étoit de donner avec les Armées toutes de front , & pendantla nuit. 11 leur fit sentir, qu’il n’étoit point à propos de donner par di-vers côtés, parce que chaque corps attend que l’autre ait commencé ;qu’ainsi le tems se passe & le jour vient ; que d’ailleurs, quand on ne sevoit point on s’imagine aisément que les autres font repoussés ; que lejour les ennemis mettent toutes leurs troupes ensemble ; mais que lanuit ils n’ôfent dégarnir leurs quartiers ; que la plus grande difficulté,qui se rencontrent dans ces sortes d’attaques, c’étoit, que les marches denuit font difficiles, & qu’il est aisé de s’égarer ; que dans la circonstanceoù l’on se trouvoit, il n’y avoit rien de pareil à craindre ; les camps étantlì proches de l’Armée de l’ennemi, & le terrein, auffi-bien que le fort & lefoible de ses retranchemens, aïant été fi exactement réconnus.
En exécution des ordres de la Cour, on convint que l’attaque se fe-roit la nuit du vingt-quatre au vingt-cinq d’août. C’étoit le jour de Mr.de Tu renne pour conduire l’Armée. II avoit été résolu de faire le princi-pal effort sur les quartiers de Fernando de Solis. Pour exécuter cette
f raude entreprise , le Vicomte, avec tout ce qu’il avoit de troupes àlouchy-le-Preux , passa la Scarpe fur quatre ponts, que le Maréchal dela Ferté avoit eu foin de tenir prêts. Cette marche se fit sans aucuneconfusion. L’infanterie passa le pont, qui étoit fur la gauche & le plusproche des ennemis ; la cavalerie , qui devoit la soutenir, le corps deréserve, l’artillerie passèrent en même tems fur les trois autres. De cettemanière, en faisant seulement un demi-tour à gauche , l’Armée se trou-va en bataille prête à entrer en action. Chaque bataillon avoit ses pion-niers & ses enfans perdus à la tête. Chaque cavalier avoit deux fasci-nes, pour les portera l’infanterie, quand elle en auroit besoin. On gar-doit un profond silence. Les mousquetaires cachèrent soigneusementleurs mèches allumées, & on ne fit rien, qui pût donner la moindreallarme aux ennemis. Mr. de Turenne partagea le Corps qu’il com-mandos entre ses huit Lieutenans-généraux. II en mit trois à fa pre-mière ligne d’infanterie composée de cinq bataillons. Le Comte de Bro-glio commandoit Picardie & les Suisses, qui faifoient les deux bataillonsde la droite ; Castelnau menoit les bataillons du Pleflìs & de Turenne,qui avoient la gauche ; Du Passage étoit à la tête de celui de la Feuillade,qui fassoit le centre. Vingt quatre escadrons commandés par de Bar, leDuc d’Yorck, & d’Elclainvilliers étoient à portée de soutenir l’infanterie.II y avoit aussi un Corps de réserve composé de trois bataillons & dehuit escadrons.
Les Maréchaux de la Ferté & d’Hocquincourt avoient fait de leurcôté à-peu-près les mêmes dispositions. La nuit étoit belle. La lune quiavoit éclairé pendant la marche se coucha au moment qu’on arriva au lieudestiné. L’obscurité de la nuit & le vent qui se leva empêchèrent lesennemis de rien voir & de rien entendre. Quand on fût à demie por-tée