2§0
HISTOIRE
Elles auroi-ent dû per-dre la bat-aille.
joindre à la cavalerie quelques régimens d’infanterie ; mais l’épouvanteétoit sx grande parmi les Espagnols, qu’ils fuirent de tous côtés, quoiqu’il pût faire pour les retenir. Leur cavalerie souffrit peu. Deux outrois mille soldats de leur infanterie furent tués ou pris ; totit leur ca-non , tous leurs bagages furent la proie du Vainqueur.
L a retraite du Prince de Condé lui fit un honneur infini. II fe re-tira vers Cambrai fans pouvoir être entamé. Ceux qui l’attaquèrent, nele firent pas impunément. L’Archiduc & le Comte de Fuenfaldagne feretirèrent à Douai presque dès le commencement du combat, fort peuaccompagnés. L’Archiduc passa au travers des bagages du camp deMouchy-le-Preux. II y fut reconnu. Un seul escadron l’auroit arrêté,tant il étoit peu suivi. La grande perte tomba sur les Lorrains ; ils eu-rent eux seuls quinze cens prisonniers. Cette espèce de victoire coûta àpeine quatre cens hommes aux François. Je parle de la sorte, car j’aipeine à donner le nom de victoire à une action, à la vérité admirable-ment bien concertée par le Vicomte de Turenne , mais tout-à-fait malexécutée par la fraïeur qu’on a volt affecté d’inspirer à ses troupes, & parle peu de concert des autres Officiers-généraux. On auroit dû y périr,tant on y fit de fautes, & l’on n’en sortit à son honneur , que parce queles ennemis se conduisirent encore plus mal, & íè laissèrent tellementeffraïer , qu’ils ne purent s’appercevoir, qu’il ne tenoit qu’à eux de vaincre.
On ignora ces circonstances dans la plus grande partie de l’Europe.Cette déroute des Espagnols fit beaucoup d’honneur à la France , & ré-tablit la réputation de ses armes, qui étoit presque absolument perdue.Peut-être qu’on les ignora aussi à la Cour. Elle s’étoit approchée jusqu’àPéronne. Le Roi, à qui on avoit fait faire beaucoup de voyages, &qui s’étoit donné de grands mouvemens toute cette Campagne, voulutvoir cette Ville qu’on venoit de délivrer. On lui fit voir la situation desennemis, celle de ses troupes lorsqu’elles les avoient attaqués ; peut-êtreaussi qu’on lui fit le détail des fautes qu’on y avoit faites ; car en retour-nant à Paris, il emmena avec lui les Maréchaux de la Ferté & d’Hoc-quincourt, & chargea le Vicomte de Turenne du commandement géné-ral. On auroit dû le faire plutôt ; mais le génie du Cardinal Mazarinétoit tel, qu’il vouloit par-tout de la division & de la jalousie.
L’A R m e'e ennemie fût d’abord dispersée dans différentes Places ; maiscomme elle avoit peu souffert, le Prince de Condé engagea l’Archiduc& le Comte de Fuenfaldagne à la rassembler, quinze jours après la dé-faite d’Arras. Dans cet intervalle le Vicomte passa l’Escaut entre Cambrai& Bouchain. II marcha jusqu’auprès de Condé. II fut que le Quê-noi étoit fort dégarni. Les ennemis avoient depuis peu fait razer cettePlace à leur manière , c’ést-à-dire qu’ils l’avoient mise seulement horsd’état de défense ; de manière qu’on pouvoit en peu de tems la réta-blir. Le Vicomte, qui avoit déjà des vues pour la Campagne suivante,attaqua cette Place démolie & la prit en deux jours. Ensuite il s’a-vança à Binche, qui n’étant défendue que par les bourgeois, fe rendit aussi-