DE LOUIS XIV. L IV. XVII. 291
tôt qu’on s’en fût approché. II vécut dans ces cantons aux dépens de l’en-nemi jufqu’au mois de novembre. Ce tems fut employé à fortifier le Què-noi & à le munir, de manière qu’il pût fe soutenir pendant fhiver.
Ce fût pendant ces marches, que le Vicomte, toûjours attentif àperfectionner son métier, donna aux Lieutenans - généraux plus d’occu-pation, qu’ils n’avoient coûtume d’eh avoir. L’ufage avoit été jufqu’a-lors, que celui de jour fût seul en mouvement ; les autres ne faifoientqu’accompagner le Général. II ordonna , que celui qui avoit été relevé,après avoir marché à la tête de la cavalerie de l’avant-garde, marcheraità la tête de l’infanterie ; & qu’ayant cédé cette place à un autre, il íemettrait à la tête de l’autre aile de cavalerie qui faifoit l’arrière-garde.Ainsi chaque jour trois Lieutenans-généraux étoient en exercice. Cetordre fût trouvé fi aisé , fi avantageux , qu’il a toûjours été observédepuis. II réforma auffi les marches. Lorfqu’on arrivoit à un défilé ouà un ruisseau, le relie de l’Armée faifoit halte tandis que l’avant-gardepaífoit. II ordonna aux Lieutenans-généraux qui conduifoient le Corpsde bataille & l’arrière-garde de ne plus s’arrêter, mais de faire un passagefur la droite ou fur la gauche , observant toûjours de mettre l’avant-garde entre eux & le côté par où les ennemis pouvoient venir. Par cetteméthode il abrégeoit lès marches, & depuis ce tems il passa toûjoursles défilés par trois endroits- à la fois.
Les Espagnols fe rassemblèrent fous le canon de Mons. Tandis quel’Armée de France fût à Binche, ils détachèrent continuellement des partispour inquiéter lès fourageurs. Le Vicomte y donna fi bon ordre quela plûpart de leurs courses furent inutiles, quoique leurs Cravates, c’éft-à - dire apparemment leurs Houssars , voltigeassent fans cesse autour ducamp , & dressassent de continuelles embuscades. Lui-même ne dédaignoitpoint de couvrir les fourageurs ; tout ce qui pouvoit servir à la conser-vation de lès troupes , à leur aisance même , & à leur tranquillité étoitl’objet de ses foins.
Apre's avoir consumé tous les fourrages autour de Binche, il pensaà fe rapprocher du Quênoi , & à prévenir les pluyes, qui auraient rendules chemins extrêmement difficiles pour le canon & pour les bagages. IImarcha vers Maubeuge, parce que le païs entre Binche & cette Place estplus ouvert & moins embarrassé de défilés que le chemin de Bavai. LePrince de Condé n’étoit pas loin. II eut été fort dangereux de fairedevant lui un faux pas. Mr. de Turenne niarfha avec plus d’ordre &de précaution , qu’il n’avoit jamais fait. Sa marche fût disposée demanière, qu’il pouvoit à toute heure fe mettre en ordre de bataille fansla moindre confusion. Sur la droite , marchoit la prémière ligne de faxle qui avoit l’avant-garde ce jour-là ; fur la gauche, étoit la moitié de laprémière ligne d’iníanterie , puis la seconde ligne de la cavalerie de l’avant-garde ; sur la gauche encore , marchoit la moitié de la prémière ligned’infanterie, puis l’autre aile de cavalerie & la seconde ligne de l’in-fanterie ; enfin fur la gauche de tout , étoit le Corps de réserve ; de
Oo 2 sorte
1654.
Changemensavantageuxdans la disci-pline mili-taire.