1654 -
Campagnede Cata-logne.
Bujj'y , tmi.i. p. 40 î.
2-4 HISTOIRE
Ministre chargea Besmeaux, Commissaire des guerres en Alsace,de faire ce qu’il pourroit pour détourner ce coup fâcheux. CeCommissaire étoit homme d’esprit & d’exécution. II se rendit à Philips-bourg. II prit son tems que le Lieutenant-Colonel du Régiment d’Har-court, Commandant de cette Place, en étoit sorti. II parla à quelquesOfficiers. II leur apprit qu’ils alloient être livrés à l’Empereur ; qu’ilsétoient à la veille de sortir de la domination de la France. Ces Officiersqui avoient leurs femmes, leurs enfans, & leurs biens dans le Roïaumefurent effraies de ces nouvelles ; le reste de la garnison entra dans lesmêmes fentimens : tout d’un coup, on fe mit à crier de tous côtés,qu’on ne vouloir point changer de Maître , on s’assûra des portes. Le Lieu-tenant-Colonel s’y présenta presqu’au même tems , elles lui furent refusées.II voulut haranguer les soldats, on ne lui répondit qu’à coup de mousquet.
Cette révolution renversa les projets du Comte d’Harcourt. L’Em-pereur, à qui il avoit promis deux Places, voyant qu’il n’en pouvoisavoir qu’une, voulut rabattre à proportion des conditions qu’il avoitpromises, & la négociation fut suspendue. Dans cette conjoncture, pour. étourdir le Comte d’Harcourt, on fit marcher vers l’Alsace le Maréchalde la Ferté. Ressort, capitale de la Principauté de Montbelliard, s ’étoitdéclarée pour le Prince de Condé. Il fallut l’affiéger. On en vint à boutmalgré la rigueur de l’hiver ; la capitulation fût signée le sept février.Aussitôt on entra en Alsace; on manda au Comte d’Harcourt, qu’onavoit ordre de le pousser. A ces menaces on ajouta des exhortationsde rentrer dans son devoir avant qu’on l’y forçat. En même tems onattaqua Ensisheim & Thanes, petites Places dépendantes de Brisac & dePhilipsbourg. Poussé de tous côtés, il fit des propositions plus raison-nables, que celles qu’il avoit faites par le passé. Le Canton de Baiesollicita en sa faveur; le traité fût conclu & signé. Brisac fût remis aupouvoir du Roi le prémier juin. Le Comte d’Harcourt, avec tous ceuxqui l’avoient suivi, eût absolution de sa rébellion. Pour sauver son hon-neur , on lui laissa le Gouvernement d’Alsace & celui de Philipsbourg ;mais à condition qu’il s’en demettroit quand on lui donneroit un autreGouvernement. On lui donna bien-tót après celui d’Anjou. En atten-dant , on mit des gens sûrs pour commander dans ces deux Places. Bes-meaux resta à Philipsbourg. Brisac fût confié à St. Geniés frère du Ducde Navailles. Ainsi toute l’Alface demeura paisible dans le service duRoi, & l’Empereúr ne tira point d’autre fruit de fa négociation , que Ra-voir fait connoître fa mauvaise disposition pour la France, & son peu defidélité à garder les traités.
Aussi-tôt que le Prince de Conti eût épousé la nièce du Cai>dinal Mazarin, il fût déclaré Général de l’Armée de Catalogne. II avoitsous ses ordres le Duc de Caudale , le Marquis de Merinville & le Comtede Rabutin. Ce Prince arriva à Perpignan le vingt-cinq de juin. Dans unConseil de guerre qu’on tint le lendemain de son arrivée, il fût arrêté,qu’on affiégeroit Ville-franche, Capitale d’un petit païs appelle le Con-
flans.