zo8
HISTOIRE
I6ss.
de pied & de cent ou deux cent chevaux. Leur première pensée fûtd’y envoyer encore du secours, & de se mettre promptement ensemble.Le Prince de Condé & l’Archiduc en conférèrent, mais rien ne se fit,du moins, auffi promptement qu’il l’auroit fallu. Landrecies est fur laSambre, située dans des marais. Elle étoit alors, comme elle l’est en-core aujourd’hui, une des plus fortes Places des Païs-Bas, quoiqu’ellesoit fort petite. Elle est, pour ainsi dire, la clef de la France; c’éstcequi déterminoit alors à l’óter aux Espagnols. A l’instant même qu’ellefût investie ; on travailla à la circonvallation. On le fit avec tant d’ar-deur , qu’elle fût perfectionnée' en huit jours & hors dïnfulte. Le Quê-noi étoit plein de vivres & de munitions ; on en fit venir d’ailleurs avecune extrême diligence ; de manière qu’avant que l’ennemi fe fût assem-blé , on en eût dans le camp pour plus d’un mois.
Le Prince de Condé, qui avoit la principale part dans les résolu-tions de l’Armée ennemie , marcha promptement entre Guise & Landre-cies , fe flattant qu’il arrêteroit les convois. 11 fuppofoit qu’il étoit im-possible , qu’en si peu de tems l’Armée Françoise eût fait les amas néces-saires de vivres, d’artillerie & de munitions de guerre , mais il fe trom-pa. Son Armée fût inutile à Vadencourt, où il s’étoit posté; il empêchaa la vérité , qu’on ne fit plus de convois & que quelques volontaires n’al-lassent devant Landrecies, mais on s’en passa fans peine, & on tira du Quê-noi fans aucune opposition, tout ce qu’on y avoit mis d’avance.
L’approche de l’Armée ennemie n’eût point d’autre effet, quede faire sortir la Cour de la Fère, où elle n’étoit pas trop en fureté, n’aïantpour la défendre que deux Compagnies d u Régiment des Gardes. L’allar-nïfe fût d’abord fort vive ; mais le Cardinal aïant rassûré les esprits, on feretira à Laon avec moins de précipitation , qu’on n’auroit fait dans leprémier mouvement. II est étonnant qu’un homme du métier ait écrit,qu’il étoit facile aux Espagnols d’attaquer la Fère , & de faire lever le siè-ge de Landrecies pour sauver la personne du Roi. Cette Place étoit forte,les approches en font extrêmement difficiles. Du côté de Guise on n’ypeut arriver que par une chaussée fort étroite , bordée des deux côtés demarais impratiquables ; en un mot cette Place n’étoit point de cellesqu’on insulte, il falloit l’aílïéger, & qui ne fait qu’une Armée n’est pastoujours en état de faire un siège ?
L a tranchée s’ouvrit à Landrecies le vingt-fix de juin. On fit deuxattaques, une du côté du Vicomte de Turenne, l’autre fous les ordresdu Maréchal de la Ferté. Toutes deux avoient pour objet un grand ou-vrage-à-corne, qui étoit la meilleure défense des assiégés. Dès le troisiè-me jour, on arriva fur la contrescarpe de cet ouvrage , qui fût trèsmal défendue. Après y avoir attaché le Mineur & fait sauter les deuxfaces, on fe rendit maître de la tête de la fortification. Tous ces travauxfurent avancés avec tant de diligence & si peu de perte, que le dix-feptième jour après la tranchée ouverte, les mines jouèrent fous deuxbastions. On s’établit fur les brèches, & on prépara de nouveaux four-neaux.