DE LOUIS XIV. L I V. XVIII.
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suivre cette Armée fugitive. S’il avoit fait son devoir, le Prince de Con- . ■ —
dé auroit été réduit à de grandes extrémités. Ce n’est pas qu’il manquât Idff.de courage ; les fautes qu’il fit ne furent que de conduite. II marchasi promptement, qu’étant arrivé au pont de Beuvrage, où passe un ruis-seau qui vient des bois pour aller tomber dans l’Eícaut de l’autre côtéde Valenciennes, il n’attendit point son infanterie, pour enchâsser quel-ques escadrons qui l’occupoient ; il les chargea trois ou quatre fois , &il fût constamment repoussé. II fe trouva contraint d’attendre son infan-terie qui n’avoit pú venir à tems, parce que la cavalerie avoit occupé lechemin. Aussi-tôt que les escadrons ennemis virent cette infanterie ilsabandonnèrent le pont. Castelnau le passa aussitôt ; mais il fit une autrefaute. Quelques Officiers, qui étoient à la queue des troupes du Princede Condé, le voyant à la tête des siennes, demandèrent à lui parlerfur parole; il y consentit; il fit faire halte. On se complimenta. Tan-dis qu’on Famufoit le Prince de Condé se hâtoit de faire passer son mon-de. Quand tout fût en fureté, un homme qui étoit resté fur un petitcoteau fit signe aux Officiers ; ils quittèrent brusquement Castelnau, &passèrent la rivière avant qu’il pût les atteindre ; ils rompirent les pontsaprès avoir passé, jettèrent deux mille hommes dans Condé, & se re-tirèrent vers Tournai.
Cette Armée qu’on craignoit si fort, & devant laquelle on se re-tiroit avec tant de précipitation, étoit forte au-plus de treize mille hom-mes d’infanterie & dix mille chevaux ; Celle qui fuioit ne lui étoitpoint inférieure, du moins elle ne l’étoit pas assez pour n’óser Fattendredans de bons retranchemens, ou dans un camp avantageux. Ce n’étoitpas non plus qu’elle manquât d’un bon Général, mais il n’étoit pas toû-jours écouté. On assure que le Prince de Condé s’étoit opposé à la Turenne ^résolution, que les Espagnols avoient prise de se poster entre F Armée de t0 ™' 4 ‘ ^ agtFrance & Condé, à moins qu’ils n’eussent dessein de foûtenir cette démar-che. II avoit même déclaré, qu’il ne les fuivroit pas s’ils ne lui pro-mettoient de prendre ce parti. II leur avoit prédit , qu’immanquable-ment les François marcheraient à eux , & qu’alors il serait trop tardde songer à la retraite, qu’ils ne la pourraient faire fans s’exposer à uneentière défaite. On ajoute, qu’on lui avoit donné à cet égard toutesles assurances qu’il pouvoit souhaiter ; qu’ensuite F Archiduc & le Comtede Fuensaldagne s’étoient repentis de s’étre engagés si avant ; que fansconsulter ce Prince ils avoient pris le parti de le retirer ; que le prémieravis qu’il en avoit eu lui avoit été donné par un. Aide de camp ,qui lui vint dire que FArchiduc se retirait ; qu’il le prioit de prendre foinde l’arrière-garde & de couvrir la retraite, quoique ce fût son tour deconduire l’avant-garde.
Il faut que ce soit l’envie de justifier ce Prince, qui ait fait parler Démêlé per-de la sorte ; car le Vicomte de Turenne ayant écrit au Cardinal, qui ^nne^l ^duétoit au Quênoi avec le Roi, le détail de cette retraite, le Prince de condé & duCondé entre les mains de qui tomba la lettre , fût étrangement choqué Vicomte de
de Turenne.