DE LOUIS XIV. LIV. XVIII. zif
L’A rme'e des ennemis se rassembla à la fin, & vint sur les bords dela Sarnbre. Le Vicomte mit la plupart de son infanterie dans les Places I 6 fs.nouvellement conquises, & demeura en Campagne julqu’au huit de no- Bonne Polî-vembre. II étoit fur le point de mettre ses troupes en quartier d’hiver, ti( ì ue du Vl -lorsque le Cardinal lui envoya dire que le Maréchal d’Hocquincourt ^"rennes- étoit à Peronne, & qu’il traitoit avec le Prince de Çondé pour cette Momgiàt ,Place & pour Ham. L’envoyé ajoutoit, que l’on souhaiterait qu’il s’ap- tom.^pag.prochât de Peronne avec l’Armée. Le Vicomte aussi fin Politique que 94-Général actif fit dire au Cardinal, qu’il croioit, que ce mouvement dé- t0 ^”” e p a g.terminerait d’Hocquiucourt à prendre quelque résolution extrême , & que * 70 . & tom.puisque raccommodement pouvoit encore se faire, ilnefalloit rien pré- 4 í^g* 4î4-cipiter. II réprésenta de plus, que l’Armée de l’ennemi n’étoit pas ruinéeayant resté presque toute la Campagne tranquille, mais que la sienne étoitaffoiblie par les longues fatigues , par la difficulté des fourrages ; de forteque c’étoit une étrange situation d’avoir un juste sujet de craindre, queles Espagnols n’eussent à leur disposition deux Places fur la Somme, d’oùils pourraient porter la guerre jusqu’aux portes de Paris.
Monsieur de Turenne, fans doute du consentement de la Cour.alla à Compiègne pour appuïer ses raisons. Comme on avoit cru la Cam-pagne finie, de tous les Lieutenans-généraux il n’étoit resté que le Ducd’Yorck ; ainsi l’Armée se trouva commandée par ce Prince , dans le ternsmême que l’Alliance de Cromwel & de la France fût publiée, & quepar un des articles de ce traité , il devoit être nommément banni duRoïaume.
Monsieur de Turenne trouva le Cardinal fort aigri. II ne pouvoitdigérer que le Roi fût obligé de traiter avec un de ses sujets , qui ôfoit luidemander deux cent mille écus pour ne pas se révolter contre lui ; maisla vûë de Peronne & de Ham entre les mains de Monsieur le Prince, sou-tenu de toute la puissance des Espagnols, & l’affiette des esprits de presquetoutes les personnes de condition, qui ne demandoient que le désordre,ou pour se mettre contre la Cour , ou pour lui vendre chèrement leursservices, le portèrent à se rendre aux raisons & aux sollicitations de ceGénéral. On continua donc la négociation commencée.
Ce n’étoit pas la prémière fois que Monsieur d’Hocquincourt don- Infidélité dunoit de ces sortes d’inquiétudes. En mille six cent quarante-neuf, com-me je l’ai déjà dit, gagné par Madame deMontbazon, il avoit voulu li- "
vrer ces deux Places à la Fronde. Le Cardinal ne l’en avoit empêchéqu’à force de biens & de promesses ; il l’avoit fait Maréchal de France,
& l’avoit mis à la tête des troupes qui l’avoient ramené de son exil ; maisaïant reconnu , que Mr. de Turenne lui étoit infiniment supérieur , il l’a-voit renvoyé à Peronne, sous prétexte que la conservation de cette Pla-ce importoit de tout. On l’avoit pourtant employé depuis en Catalo-gne & à la levée du siège d’Arras. Sa vivacité, ou son malheur, l’a-voient empêché de réussir, & cette année on l’avoit laissé fans emploi.
Piqué de se voir ainsi négligé il avoit résolu de s’en vanger. Dans ces
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