HISTOIRE
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Campagnede Flandre.Turenne ,tom. j. pag.27s-
Le Maréchal de Camp richement habillé, mais à la Françoise Scsans masque, précéda le Roi qui marchoit à la tête de sa troupe. Tousétoient masqués, richement & galamment ornés; mais le jeune Monar-que les surpassait autant par sa bonne mine, sa grâce & son adresse,que par sa qualité de Souverain & de Maître.
La troupe bleue & blanche suivoit celle du Roi. Elle attira aussiles yeux des spectateurs par la douceur de ses couleurs & la bonne mi-ne du Duc de Guise, dont le génie Romanesque convenoit à ce specta-cle. II étoit suivi d’un cheval qui annonçoit quelque avanture singulière.II étoit mené par deux Mores, qui le fàifoient suivre la troupe à paslents & pompeux. Sur son écu étoit un bouclier ardent où brûloit unPhœnix, & un Soleil au-dessus qui lui redonnoit la vie. Ces mots Ita-liens étoient l’ame de fa Devise; Qu’importa q,ue Mat en,SI RESCUSCITAN. Qu’ importe qu’il tue , s'il ressuscite.
L e Duc de Caudale parut ensuite, & ne fût pas moins admiré.Le verd, l'or & l’argent firent briller fa troupe. Toutes les Dames fi-rent Péloge de fa belle taille & de fa belle tête blonde. Sa Devise étoitune Massue avec ces mots ; Elle peut même me placer parmi les Ajîres. LeComte du Lude remporta le prix. II le reçut des mains de la Duches-se de Mercosur , qui se trouva, après la Reine, la personne la plus dis-tinguée , par l’absence de Madame, de Mademoiselle, des Princesses deCoudé, de Conti, & de Madame de Longueville.
L e mois de mai interrompit les plaisirs, on ne pensa plus qu’à laguerre & à mettre les Armées en Campagne. Louis quatorze, dontPinclination martiale augmentoit chaque année, partit de Paris le vingt-sept de mai pour se rendre à Compiegne, & être à portée de joindreses troupes, auffi-tôt qu'elles seroient assemblées. Elles le furent au com-mencement de juin. Le Maréchal de Turenne forma son Armée à Mar-ies , & s’avanca vers Condé, où il fit entrer un grand convoi. En dixou douze jours il mit dans les Places avancées une quantité suffisantede vivres, pour faire subsister l’Armée & les Garnisons pendant un teinsconsidérable. On n’avoit point de plan fixe pour les opérations de cetteCampagne. On s etoit réservé à prendre son parti, lorsqu’on seroit surla frontière, & que la conduite des ennemis auroit fait voir ce qu’onpourroit entreprendre. Le Roi & le Cardinal s’avancèrent jufqu’à la Pè-re. Le Vicomte proposa de marcher vers Tournai, & de l’attaquer,s’il étoit dégarni; ou, si on le trouvoit en état de faire une longue dé-fense , de revenir tomber sur Valenciennes & de Pinvestir.
Le Ministre ne s’opposa point à ces entreprises, qui étoient un peuvastes. II avoit pourtant bien des raisons de craindre un mauvais succès;car quelque établi qu’il parût, fa conservation dépendoit de n’en avoirque de bons, & PEspagnol ne pouvoit être victorieux, sans que ses en-nemis particuliers ne recommençassent à le persécuter ; mais persuadéqu’à la guerre il faut toûjours entreprendre de nouvelles conquêtes, &qu’on court risque de tout perdre lorsqu’on se relâche, il voulut bien
hazar-