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Tome second.
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DE LOUIS XIV. LIV. XIX.

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parts. Toute l’infanterie , au nombre de quatre mille hommes, fût tuéeou prise. La cavalerie se sauva dans le plus grand désordre du monde,& se jetta dans Condé ; tout le bagage & le canon fût perdu.

Les deux Régimens qui avoient passé la digue, furent envéloppésdans le malheur de ce quartier. Le Vicomte, qui arriva fur cette digueun peu après le commencement du combat, ne sachant pas sûrement cequi s’étoit passé, arrêta les quatre autres. Le jour vint, les cris de joïequi se faisoient à Valanciennes, la cessation du feu de la ligne forcée nel’instruisirent que trop. II envoya en diligence aux tranchées í’ordre dese retirer & d’abandonner le canon. II rassembla ses troupes, fit abba-tre les lignes, transporter le canon qui y étoit, & marchant avec lesLorrains, il joignit les quartiers de Castelnau & de Navailles. A íìxheures du matin il marcha vers le Quênoi, Tandis que ces troupes serassembloient, les ennemis firent passer un Corps de cavalerie dans laVille. Le Prince de Condé picqué contre le Vicomte passa lui - mêmeen diligence ; il eût été au comble de ses voeux s’il avoit pû l’entâmer,mais il n'eût pas cette satisfaction. Le Vicomte tint ferme avec quel-ques escadrons, tandis que ses troupes sortoient des retranchemens. IIy fit laisser exprès quelques tentes & quelques bagages. Le Prince deCondé ne fût pas maître de ses troupes ; la vûë du butin les empêchade suivre ses ordres & son exemple.

On marcha au Quênoi. On étoit fi persuadé dans l’Armée qu’onse retireroit vers Landrecies & fur les Frontières de France, que ceuxqui conduisoient le bagage prirent d’eux-mêmes cette route. Le Maré-chal , qui pensoit bien autrement, les fit arrêter ; il campa près de cetteVille. Le lendemain de grand matin , pour rassurer ses troupes & lesranger, il les fit mettre en bataille, régla les ailes de cavalerie & les ba-taillons de l’infanterie. Le camp qu’il avoit choisi étoit excellent; ilétoit entre le Quênoi & la Forêt de Mormal. La droite étoit couvertepar ce bois , & la gauche par la Ville. Deux ruisseaux, que l’ennemidevoit nécessairement passer pour venir l’attaquer, en défendoient lefront. II n’en falloit pas moins pour rassûrer ces troupes étonnées.Bussi dit que l’épouvante y étoit si grande, que la nuit du seize au „dix-sept un lièvre donna l’allarme si chaude, qu’on ne douta point „que ce ne fussent les ennemis. II est vrai, ajoute-t-il, que s’ils sus- ,,sent venus le dix-sept, & que sans nous marchander ils nous eussent „attaqués , je ne doute presque pas de nôtre défaite; mais , ou le „Prince de Condé ne fût pas cru, ou, par un reste d’amitié pour fa „Patrie compatible avec son honneur, il donna les mains à l’excès de „prudence des Espagnols cc . Ce lièvre que l’on prend pour une Ar-mée a quelque choie de fort extraordinaire, aussi bien que cette alter-native de sentimens si contraires qu’on attribue au Prince de Condé. CePrince y alloit sérieusement. L’amour de la Patrie, s'il y étoit sensible,étoit dominé par l’amour de la gloire , par la violence de ses ressenti-mens. La vraïç raison qui l’empêcha de venir si promptement combattre

V Y2 les

16s 6.

Turenne ,tom. }. pag.286.

Montglat ,tom. 4. pag.1x7.

Retraite aâ>mirable duVicomte deTurenne.Quincy, tom.1. pag. 2 x 1.Turenne ,

pag. 288.

Mémoires ,tom. 2. p. 70.