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HISTOIRE
1656.
Turenne ,tom. 3. pag.
289-
I/ennemin’óse l’atta-quer.
Quincy, tom .1. pag. 2 u.
les François, c’ést qu’une Armée ne marche pas comme un homme, &que ce n’étoit pas trop d’un jour pour se remettre en ordre & se débar-rasser des prisonniers.
M r. de Turenne connoissoit l’étonnement de ses troupes, mais ilne le croioit pas si grand, qu’il désespérât de les raffermir, & qu’il re-gardât leur défaite comme assurée à la vûë de l’ennemi. II comprenoitaussi qu’on pouvoit venir à lui. II savoit que Popinion générale de sonArmée étoit qu’on n’attendît point ; mais, comme il nous l’apprend lui-même, il voioit de fl grandes suites à cette retraite , par le méconten-tement général qu’elle causeroit, même à la Cour , & par le relief qu’el-le donneroit au Prince de Condé, qu’il aima mieux attendre les enne-mis , que de commencer une retraite qui eût attiré tant d’accidens. Enprenant cette résolution, il compta sur l’étonnement qu’elle causeroit auxennemis ; fur la confiance que ses troupes auroient en lui, fur la bontéde son camp ; sur le renfort de quinze ces hommes qui Pavoient joint lejour même qu’il avoit levé le siège de Valenciennes ; fur deux ou troismille autres, qui s’étoient sauvés de P Armée du Maréchal de la Fer té àCondé , & à qui il avoit donné ordre de le venir joindre, comme ils lefirent deux ou trois jours après. Ainsi fa résolution étoit grande & har-die , mais elle n’étoit point téméraire, & devoit naturellement avoir lessuccès qu’elle eut en effet.
Le Prince de Condé, dont l’ambition & les espérances étoient ani-mées par la victoire qu’il venoit de remporter fur les troupes de sonRoi, marcha aussi-tôt qu’il le pût pour dissiper celles qui lui étoientéchappées, pour se rapprocher des frontières de France & y ranimer fafaction. II le mit en marche le dix-huit, & arriva fur le soir à la vûëdes François. Le Vicomte ayant eu avis, qu’on voïoit paraître leursprémiers escadrons , commanda , que l’on ne prît point les armes, maisfeulement, qu’on se tint prêt à les prendre au prémier ordre. Il en usade la sorte pour faire voir à son Armée, que l’approche de l’ennemine devoit point l’allarmer ; de crainte aussi, que par la marche du ba-gage il ne se fît quelque mauvaise manoeuvre. D’ailleurs il savoit, quepour venir à lui, il falloit que l’ennemi passât deux ruisseaux; que deuxArmées ne Rapprochent Pune de l’autre qu’avec beaucoup de précautions,& qu’il auroit le tems de mettre ses troupes en état de défense. L’en-nemi avança jusqu’à la portée du canon. A peine pouvoit-il croirece qu’il voïoit. Le Prince de Condé reconnut à diverses reprises cetteArmée qu’il croioit chasser devant lui. Enfin les tentes tendues, la gran-de garde à la tête du camp, le persuadèrent qu’on ne fuyoit pas, &même qu’on ne le craignoit pas ; comme il étoit un peu tard, il nepensa qu’à se loger. Le Vicomte, qui n’étoit pas en état de faire degrands travaux, ne fit point du tout travailler ; persuadé que de foi-bles retranchemens inspirent plus de crainte, qu’ils ne donnent de sûre-té. Sa fermeté se communiqua à ses soldats. La vûë de l’ennemi neleur causa ni fraïeur, ni inquiétude. 11 parut même, que la timidité