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Tome troisieme.
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DE LOUIS XIV. LIV. XXIV. is

jours elle vouloit voir son Amant, ou penser à lui sans être distraite.Elle renonça à tous ses amis ; à peine vouloit-elle en entendre parler.Son amour lui tenoit lieu de tout, & jamais elle n’eût d’autre attache-ment. Son humeur étoit douce, libérale, timide. Elle n’oublia pointqu’elle faisoit mal, & espéra toujours de rentrer dans le bon chemin ;espérance qui n’a pas été vaine. Elle a fourni, avec joïe, une longuecarrière dans les voies austères de la pénitence, ajoutant même à larigueur des Carmélites, dont elle embrassa Pinstitut.

Louis quatorze étoit à-peu-près du même caractère. II avoit na-turellement l’ame belle & les sentimens élevés, fa passion n’avoit riende brutal. Le plaisir d’aimer l’attachoit d’avantage que la volupté.Amant respectueux & timide , il vouloit ne devoir qu’à son amour lesfaveurs qu’on lui accordoit ; s’offrir, se donner à lui, c’eût été le rebu-ter. 11 vouloit conquérir un cœur, & ne devoir sa victoire qu’àses assi-duités & à fa tendresse. C’étoit fans doute un crime , marié comme ilétoit à une aimable Princesse, dont il étoit adoré, & que peut - être ileût aimée si elle n’eût pas été son Epouse ; mais, si je puis le dire,c’étoit un crime & un défaut d’honnête - homme , c’étoit même unevertu en comparaison des excès , dont nous avons vû tant de Princesse déshonorer. Cette passion affligea fort la Reine-mère ; mais on luiconseilla de ne point s’y opposer avec violence, & elle fût assez pru-dente pour approuver ce conseil & pour le suivre. Quelques joursavant que ces amours fussent connus, on avoit fait disparaître Mademoi-selle de Pons, que ce Prince paraissait ne pas haïr. Il s’en plaignit d’unton à faire sentir, qu’il étoit nécessaire qu’on modérât son zèle, si onne vouloit le cabrer & rompre tout-à-fait avec lui.

Le tempérament dont usa Anne d’Autriche pour modérer cette nou-velle inclination, fût de l’en avertir cordialement, en lui représentantce qu’il devoit à Dieu & à son Etat. Sur-tout, elle le pria de lui aiderà cacher fa passion à la Reine son Epouse, de peur que son chagrin nefit périr Pensant qu’elle portoit dans son sein. II goûta ce second conseil,&, ce qui est presqu’inconcevable, le secret fût observé avec tant desoin, que cette Princesse, enceinte alors seulement de quatre mois,acheva de passer le tems de fa grossesse fans que personne le lui révélât.

On s’appliquoit cependant aux affaires. On envoya des Ambassa-deurs en divers endroits. L’Archevêque d’Ambrun alla en Espagne, leComte d’Estrades en Angleterre, la Barde en Suisse ; Courtin Conseillerd’Etat & le Président Colbert furent nommés pour régler les limites deFlandre avec les Commissaires du Roi Catholique. La situation du Portu-gal inquiétois extrêmement. On appréhendoit, avec raison, que P Espa-gne fortifiée & enrichie par cette conquête, ne retombât quelque joursur la France, & ne se remit en possession des païs qu’elle avoit cédés.On tint plusieurs conseils, où l’on examina si l’on pouvoit en honneur &en conscience secourir les Portugais. Les trois Ministres, Fouqúet, le Tel-lier & de Lionne décidèrent qu’on le pouvoit ; qu’on n’étoit pas plus

obligé

1661 .

Sentimensde Louisquatorze.

Mottevìfle ,tom. pag.217 '

On cache sesamours à laReine.JyíotteviUe ,tom. Ç.pag.219.

On pense àsecourir lePortugal.Turenne »toitt. %. pag*.158 .