DE LOUIS XIV. LIV. XXVII. isi
gea tout-à-fait au Surintendant, & lui fit donner un pacquet fermé, où ■
il avoit mis un Ecrit, par lequel il s’engageoit envers & contre toutes 1664.personnes, & cela de lui-même , & fans que le Surintendant l’ait dési-ré. Ces termes envers & contre toutes personnes étoient peu mesurés, maisils ne dévoient pas se prendre à la rigueur ; ce sont des termes d’usagepour exprimer un grand attachement, mais qui n’empêchent pas qu’onn’excepte en effet ceux qu’on doit excepter. Ce Deslandes interrogédit précisément ce qu’on vient de rapporter, & que par son Ecrit il n’en-tendoit parler que de l’Abbé Fouquet.
C’est à quoi se réduisoient les crimes d’Etat, qui faisoient traiter leSurintendant avec la dernière rigueur. On n’en trouva point d’autres a-près des recherches de trois ou quatre années, contre un homme qui avoiteu part à tout cequis’étoit passé dans le Roïaume ; qui avoit exercé deuxgrandes Charges pendant dix ans & avoit été exposé à une infinité de dif-ficultés & de méchantes affaires pendant la guerre civile & étrangère.
L’accusation de Péculat, ou de malversation dans les Finan-ces , étoit plus aisée à établir, & plus difficile à détruire. A parler engénéral, il n’eít pas possible qu’un homme dans ces grands emploiséchappe à des recherches rigoureuses. L’Intendant d’un Seigneur parti-culier n’y échapperoit pas ; que scra-ce donc de celui qui eiì chargé detoute la recette & de la dépense d’un grand Etat ? sur-tout en tems deguerre & de désordre.
C e fût en février mille six cent cinquante-trois que Mrs. Servien & Oeuvres deFouquet furent faits conjointément Surintendans. Leur commission Fouquet,portoit, que le Roi les établissoit pour administrer conjointément avec íag 'plein-pouvoir ses Finances, ainsi qu’en leur conscience ils le jugeroient 'pour le bien de son service, sans que de cette administration ils fussenttenus de rendre raison ailleurs qu’à la propre personne de Sa Majesté.
Dans cette prémière année, Mr. Servien, par ordre du Cardinal, ibid.pag.s7.agissoit seul, régloit les affaires de toute nature ; Mr. Fouquet ne fai-sait que signer les expéditions auxquelles son Collègue avoit déjà misson nom. Cette année, & la suivante on ne manqua pas d’argent.
Les Gens d’affaires païoient ponctuellement & faisoient volontiers desprêts & des avances ; d’autres Particuliers même , en leur donnantdes fonds à quinze pour cent d’intéréts, fournissaient des sommes con-sidérables.
Cette facilité venoit du rabais des monnaies, les Pistoles aïant ibid. p. 6t.été réduites de douze livres à dix , l’argent blanc à proportion, & laréduction ne s’enfaisant que peu à peu; tous ceux qui voulaient éviter laperte apportaient leur argent avant le terme, ou le prêtaient aux Trai-tans de leur connaissance.
L a même facilité fit consommer d’avance le fonds des deux annéessuivantes mille six cent cinquante-cinq & mille six cent cinquante-six. Lesmonnoïes étant réduites à leur prix le crédit manqua tout-à-coup. LesParticuliers qui, s’étant trouvés chargés de leurs dénier s par les rem-
bour-