DE LOUIS XIV. LIV. XXVIII. i$î
Cette rupture inquiéta & embaraíTa extrêmement la France ; elle of-frit sa médiation, mais elle fût éludée par PAngleterre. Cette Couron-ne íòuhaitoit passionnément de se rendre Maîtresse de la Guinée, parfutilité & l’avantage qu’en devoit recevoir la nouvelle Compagnie quis’étoit établie depuis peu fous la protection du Duc d’Yorck. Les gran-des demandes qu’elle faifoit pour les pertes, qu’elle prétendoit que sessujets avoient fouffertes, n’étoient que le prétexte de faire cette con-quête. File l’avoit faite aïant chassé les Hollandois de la plûpart des Fortsqu’ils occupoient fur cette côte , & elle ne pouvoit fe résoudre a s’en dessaisir.
La médiation refusée donna lieu à bien des incertitudes , & ce ne fûtpas tant ses engagemens que ses intérêts que l’on consulta. Telle étoitla situation de la France avec les Etats-Généraux à la fin de Tannéeprécédente. Les négociations entamées par rapport aux Païs-Bas ,aïant été la semence de la plupart des guerres qu’on verra désoler l’Eu-rope pendant le reste de ce Règne, j’ai cru devoir en donner une idéegénérale.
Aussitôt qu’on sentit dans les Provinces-Unies que PAngleterrevouloit la guerre , on se prépara à la soutenir. Ce fût un concert ad-mirable. Les peuples parèrent avec empressement les taxes dont onles chargea, persuadés qu’on ne le faifoit que par nécessité & pour leurconservation. La Compagnie des Indes Orientales offrit de faire laguerre à lés dépens aux Anglois dans les grandes Indes, & de les chasserde tous les ports qu’ils y occupoient. Les marchands cédèrent volontiersleurs matelots, & préférèrent l’intérêt public à leur gain particulier. Cesont là les effets d’un Gouvernement sage, dont l’équité & la modé-ration font éprouvées. Dès qu’il est en danger, tout ce qu’il a laisséamasser par fa douceur est à lui ; loin de le cacher on le lui offre, sûrqu’on est qu il n’abulèra point de la bonne volonté qu’on lui témoigne,& qu’on fera soulagé aussitôt qu’il le pourra.
E n même tems on pressa la France d’exécuter ses engagemens & onla pressa d’autant plus, qu’on croioit avoir raison de s’en défier. Lesdeux Rois étoient amis & parens fort proches. Jufqu’alors ils avoientparu fort unis. Henriette d’Angleterre , que Louis quatorze estimoitbeaucoup , aimoit tendrement Charles second & contribuoit de tout sonpouvoir à les unir plus étroitement. De concert, ils avoient soûtenule Portugal contre toutes les forces del’Efpagne, & la cession de Dun-kerque étoit une preuve sûre de leur parfaite intelligence. La Maisond’Autriche & ses partisans firent valoir ces raisons, & les appuïèrentde quantité de bruits, qu’ils répandoient fans cesse. Selon eux , la Fran-ce s’entendoit avec PAngleterre ; elle traitoit avec elle , le traité étoitmême conclu ; du-moins , elle devoit faire naître tant de difficultés, userde tant de lenteur, qu’on ne tireroit aucune utilité des secours qu’elle fe-roit semblant de préparer.
Sans dire que l’événement vérifia ces discours bazardés, il est cer-tain que Louis délibéra longtems fur le parti qu’il prendroit. „ Quant
1 66<ç.
Erabarasde la France.Le Clerc ,tam. pag.
61.
Concert desProvinces-Unies poursoutenir laguerre.
Ibì.L pag. 6;.Basnage.
Us deman-dent du se-cours à laFrance.
Le Clerc ,tom, y.jpag.7 -.
Ses lenteurs,ses difficultés
aux