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Tome troisieme.
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DE LOUIS XIV. LIV. XXVIII. 209

L la réduction est bien faite ; leur prononcé suppose d’ordinaire que lesparties en font convenues, & toujours qu’ils s’en font eux-mêmes assû-rés; & ce prononcé regarde & affecte nécessairement le Livre dontces propositions font extraites ; de manière qu’il est ridicule de deman-der , fi les propositions ont été condamnées ou approuvées dans lesens de ce Livre.

Il n'est point de Livre qui n’ait un sens certain, & qui ne fe puissedécouvrir ; s’il en est quelqu’un de ce genre, il ne mérite pas d’êtreexaminé, & il feroit inutile qu’il le fût. Pour découvrir le sens d’unLivre, qui a été écrit sérieusement, & pour être entendu , il ne faut

S ue de l’application, & la connoissance des matières qui y font traitées.

(ire qu’un pareil Livre, qu’on a examiné pour en juger, n’a pas étécompris, qu’il faudroit une autorité infaillible pour aflurer qu’il a telou tel sens, c’est dégrader la raison humaine & déclarer de Livre inin-telligible , & , ce qui est encore plus fâcheux, c’est éterniser ces sortesde disputes & rendre impossible la condamnation d’un Livre.

L e dégré de certitude humaine qui suffit pour appuïer les jugemenshumains , suffit pour appuïer ceux de TEglise. Les mêmes recherches,les mêmes examens qui suffisent à l’autorité séculière pour entendre unEcrit qu’on lui a déféré comme séditieux, suffisent à l’autorité Ecclé-siastique pour entendre un Livre qu’on lui a dénoncé comme héréti-que. La différence de ces deux espèces de jugemens ne vient point despréparatifs qui les précèdent , qui font l’examen & l’intelligence desLivres déférés ; elle vient de ce que l'Eglife ne peut déclarer pourhérétique ce qui ne l’est pas ; au-lieu que le Magistrat peut prendre poursédition ce qui n’est qu’une juste liberté.

I l 11’est pas métaphisiquement sûr , c’est-à-dire , absolument parlantil pourroit arriver que l’Eglife ne prît pas le sens d’un Livre ; mais cedéfaut de sûreté & cette possibilité ne sont point des règles de condui-te. II n’est pas métaphisiquement sûr que les prodiges que Moïse rap-porte se soient opérés, que Jélus-Christ ait existé ; íuit-il de-là que jepuisse les nier, ou les révoquer en doute ? Le bon-sens m’assúre qu’onn’a pas pû m’imposer à cet égard ; cela suffit pour m’obliger à croiretout ce qui est appuïé sur ces faits, que je ne puis rejetter fans renon-cer à ma raison. Le raisonnement que je tire de ces faits, qui , ab-solument parlant, pourroient n’être point arrivés , est invincible. II s’estfait des prodiges pour persuader aux Juifs que Dieu lui-même les inl-truifoit, il les a donc instruits, & leur Religion est donc Divine. Jé-sus-Christ a déclaré qu’il étoit venu pour perfectionner cette Religion,il a autorisé fa mission par des miracles fans nombre ; ces faits ne fontpas métaphisiquement sûrs , je n’en doute pourtant pas ; la certitude mo-rale que j’en ai suffit pour m’óter toute inquiétude ; j’en conclus fanshésiter que Jéfus-Christ est toute ce qu’il a dit qu’il étoit, que je doism’attacher à fa Doctrine, & croire que c’est avec une autorité légitimequ’il a changé la Religion de Moïse.

Tome III, D d

Pour-