Band 
Tome troisieme.
JPEG-Download
 

DE LOUIS XIV. LIV. XXIX. 221

coup de difficulté à la faire. La Flotte Angloise étant aux Dunes, „& la Manche fort étroite, celle des Etats aura de la peine à passer „)our venir au Rendez-vous entre Boulogne & Dieppe. De plus, „’ Armée de Sa Majesté n’est point encore arrivée dans les mers du „! sonant. La jonction étant donc impossible , il faut que les Etats exa- „minent s’ils exposeront leur Armée à combattre seule celle d'Angleterre, „ou s’ils fe tiendront dans leurs ports. II semble que la prudence von- „droit que l’Armée des Etats demeurât au Texel jusqu’à ce que celle de „Sa Majesté fût à portée de la joindre , ce qui fera bientôt ; le huit de „ce mois on a reçu avis qu’elle étoit à Alicante. En cas que le Sieur „de Wit estime absolument nécessaire de tenter promptement la jonc- „tion , il sera absolument nécessaire, aussitôt que l’Armée de Sa Majesté „sera arrivée, que celle des Etats prenne un vent fort, qui la porte „en vingt-quatre heures jusqu’à l’entrée de la Manche “.

Ce Mémoire arriva trop tard. La Flotte Flollandoise se mit en merle prémier de juin ; mais fût-il arrivé h tems , 011 n’auroit pû & on 11’au-roit pas dû y avoir égard. C’étoit fur les instances réitérées du Roi très-Chrétien, & fur ses inquiétudes par rapport à fa Flotte, qu’on avoit hâtél’armement. On avoit emprunté fix millions d’Amsterdam pour ôtertout prétexte de retardement. O11 avoit négocié vers les Villes & lesProvinces pour les faire consentir au prompt départ de la Flotte. Lesrésolutions qu’on exécutoit avoient été prises de concert. II étoit fanscomparaison plus avantageux d’être en mer, que de se tenir dans ses ports,ou l’on auroit pû être enfermé par la Flotte Angloise, & réduit à se con-sumer sans tirer aucune utilité de ses dépenses, & fans pouvoir être joint.Leur Flotte étoit composée de quatre-vingt-cinq grands Vaisseaux, qua-torze Brûlots & vingt Cabotes ou petites Frégates. Quand même ilsauroient été battus , il leur seroit resté assez de vaisseaux pour être Maî-tres de la mer, supposé que la Flotte Françoise les joignit enfin , com-me elle le pourroit facilement dans cette circonstance ; l’expérience faisantvoir, qu’après un grand combat de mer, le victorieux étoit obligé de feretirer pour se radouber, se rafraîchir & prendre de nouvelles munitions.Enfin il n’en est pas d’une République comme d’un Roïaume , où le Roin’a qu’à parler pour se faire obéir; au-lieu que dans un Etat Populaire ,quand les résolutions font une fois prises, on ne les peut changer & ilfaut en courir les risques.

Ces t ce qu’on répondit au Comte d’Estrades, à quoi on ajouta,que puisqu’on suivoit les projets de son Maître, on avoit droit de s’at-tendre de voir bientôt arriver le Duc de Beaufort. Sans compter fur cesecours, la Flotte des Etats se posta entre Boulogne & Douvres. LaCour de France continua la démonstration de son zèle. Le Comte d’Es-trades communiqua le Mémoire suivant, daté de Fontainebleau l’onziè-siie juin.

Puisq_ue les Etats, nonobstant toutes les raisons des précédens „Mémoires, ont résolu & en même tems exécuté de faire sortir leur „

E e 2 „ Flot*

1666.

Le Clere^tmu

Mémoires duComte d’Es-trades , tom.3. pag. îsS.

tb, pag. 264.