DE LOUIS XIV. L IV. XXXI. zis
Piq_ue' de ces railleries mal-placées, & répandues par-tout avecaffectation, on résolut de lui faire sentir que c’étoit une vraie grâce qu’onlui avoit offerte , & combien il avoit tort de ne pas l’accepter. La Fran-che-Comté étoit encore bien plus dégarnie que la Flandre & bien moinsmunie de Places fortes : pour s’en emparer plus sûrement, on arrêta del’attaquer au coeur de l’hiver ; le Prince de Condé fût chargé de cette ex-pédition. On lui avoit pardonné sa conduite passée , mais on ne l’avoitpas oubliée. La Campagne dernière on l’avoit laissé à Chantilli commeun homme inutile ; apparemment qu’on eût continué d’en user de même,íì l’intrigue n’avoit fait penser à lui.
Le Marquis de Louvois,61s de Mr. le Tellier, faisoit l’EmpIoi deSécrétaire d’Etat de la guerre. Piqué, dit-on, de la confiance que le Roiavoit pour le Vicomte de Turenne, & de ce que les avis de ce grandhomme étoient plus estimés que les siens, il fit íì bien, de-concert avecson père , que le Prince de Condé fût chargé de la conquête de la Fran-che-Comté. Ce Prince, qu’on avoit négligé jusqu’à ne le pas consultersur la guerre qu’on avoit entreprise, fût ravi qu’on voulût lui donnercette commission ; il n’aspiroit qu’à effacer par ses services le souvenir desa rébellion passée.
Pour tenir ce dessein secret, on feignit de renouveller la neutralitéavec les Francs-Comtois. On leva quantité de troupes, fous prétexted’oppofer une Armée au secours que l’Empereur pourroit envoïer la Cam-pagne suivante dans les Païs-Bas ; & pour couvrir les conférences qu’onavoit avec le Prince de Condé, on le déclara Général de cette nouvelleArmée. II alla à Dijon, capitale de son Gouvernement de Bourgogne.pour y tenir les Etats de cette Province.
On fit en même tems courir le bruit d’un voïage du Roi à Metz.Pour ce sujet on fit avancer quantité de troupes dans la Champagne,avec un grand train d'artillerie; & fous ombre de former un Corpsd’Armée dans le Roussillon, on envoïa dix Régimens vers la Bourgogne,publiant qu’ils s’embarqueroient fur la Saône pour descendre à Lion ,& de - là par le Rône , dans le Languedoc. Ces mouvemens firentgrand bruit, & augmentèrent les allarmes; & c’est ce qui précipita letraité dont on vient de parler. Les Etats même firent des levées extra-ordinaires ; ils négocièrent des troupes en Allemagne, & le Pensionnairefit entendre, qu’au mois de mai ils auroient vingt mille hommes de pied& cinq mille chevaux prêts à agir contre les Espagnols. Le Nonce duPape, les Envoïés d’Angleterre & de Hollande réprésentèrent, q u'ilétoit étrange, que tandis que leurs Maîtres travailloient à faire la paix,on songeât dans l’hiver à faire de nouvelles entreprises, qui change-roient la face des affaires & rendroient raccommodement plus diffi-cile. On leur répondit, que quelque conquête qu’on pût faire, on nechangeroit rien à ses promesses , & qu’on ne se prévaudroit point deses nouveaux avantages; on écrivoit même de tous côtés pour donnerde pareilles assurances. » On auroit pû se passer d’écrire ces Lettres, ,,
Rr 2 „ dit
1668.
Nouvelle en-treprise dela France.
Le Clercitom.
pag- 224 .Montglat ,tom. 4 . pag.
}OJ.
Quincy, tom.1 . pag. 288 .Riencourt ,tom 2 . pag.267 .
MémoiresHistoriquesCbrono -logiques.
Conduite a-vec un grandsecret.
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