1668.Réflexionsfur cetteguerre.
Tarn. 4. fag.3i8.
Ainsi finit cette guerre, qui a été la source de tant d’autres. O11peut remarquer, que par le traité de paix les Espagnols n’avouèrent pointqu’il fût rien dû à la Reine de France leur Infante; ils dirent feulement,qu’à la considération du Pape, & pour le bien universel de la Chrétienté,ils consentoient qu’on gardât tout ce qu’on leur avoit pris. Ils ne voulurentpas non-plus faire d’échanges , quoiqu’il leur fût fort avantageux. C’étoitdire tacitement qu’ils cédoient ce qu’ils ne pouvoient tenter de repren-dre, fans s’expofer à perdre d’avantage, sauf à y revenir un jour.
Tout le monde convenoit en ce tems-là , que fi la France eût voulupousser là pointe, & ne pas fe piquer de générosité, dont ses ennemis &les envieux ne lui sûr en t guères de gré , elle auroit emporté la plus gran-de partie d u reste des Païs-Bas. Les Espagnols étoient hors d’état de ré-silier ; ceux qui vouloient les défendre n’étoient pas prêts, & avant qu’ilseusient été en état d’agir, l’hiver fût venu, durant lequel cette Couronneeût été reçue à faire la paix en cédant ses nouvelles conquêtes pour laFranche-Comté. II est vrai que les troupes Hollandoifes fe fussent jettéesdans Gand, Anvers, Bruxelles & Bruges, si elle eût emploïé les Arméesde ce côté-là ; mais le Prince de Coudé qui étoit dans le Pais de Limbourgfût entré chez eux, & les eût bien vite contraints de réunir toutes leursforces pour fe garder, & d’abandonner les Espagnols à leur mauvais fort,tandis que les Armées du Roi & du Duc d’Orléans son frère eusient choisiquelles Villes ils auroient voulu emporter.
On a dit aussi, que l’intérêt particulier des Ministres empêcha qu’onne profitât de ces circonstances favorables ; par ce que, comme dit le Mar-quis de Montglat, étant gens d’écritoire & de peu de naissance, ils crai-gnoient que le Prince de Condé &, le Maréchal de Turenne 11e s’empa-rassent de l’efprit du Roi, si la guerre duroit plus longtems. D’ailleursce Prince lui-même, tout Héros qu’il étoit, fe trouva fort disposé à entrerdans leurs vûës pacifiques, parce qu’il aimoit fes plaisirs , parce qu’il étoitfatigué de la peine qu’il avoit éprouvé la Campagne dernière ; & que,plein d’honneur & de gloire, il eût voulu continuer d’être à la têtede fes Armées si la guerre eût duré.
J e ne lai si la malignité avoit part à ces réflexions ; mais il paroítcertain qu’on manqua tout à la fois d’adresse & de résolution dans laconduite de cette entreprise. On avoit dû prévoir qu’elle allarmeroittoute l’Europe ; pouvoit-on espérer que les Puissances intéressées à em-pêcher l’aggrandissement de la France convinssent de-la justice de fes pré-tentions , & ne les regardassent pas comme une preuve d’ambition, àlaquelle elles dévoient s’oppofer ? Sûr donc qu’on s’attireroit leur envie& leur jalousie, il falloit ne rien faire, ou faire tout ce qu’on pouvoit.Je dirois presque qu’il falloit la mériter d’avantage, ou ne la point exci-ter. Si on n’avoit point fini si-tót la prémière Campagne, si on eût agi laseconde avec les troupes nombreuses qu’on tenoit toutes prêtes, à pei-ne fût-il resté aux Espagnols une feule Place en Flandre. Qu’auroit faitla Hollande ? L’inipoísibilité d’en chasser le Vainqueur, la crainte de fe
l’atti-