DE LOUIS XIV. LIV. XXXI. 339
fariner , en leva de nouvelles & débaucha la plupart de celles qu’il avoitcédées malgré lui. La paix d’Aix la Chapelle aïant été conclue, on luifit dire de les licentier, comme il y étoit obligé par ses traités ; on l’aí-sûra en même tems qu’il n’avoit rien à craindre du côté du Rhin ; lePalatin en avoit donné des assurances positives. Le Duc n'osa résilier ,il licentia ses troupes, mais de manière qu’il lui étoit aisé de les rassem-bler en peu de jours. A peine avoit-il obéi, du-moins en apparence,qu’il apprit que l’Electeur Palatin lui avoit brusquement enlevé les Châ-teaux de Landssoulle & de Honec. II eût bientôt rassemblé cinq millehommes; il en donna le commandement au Prince de Lillebonne.Cette petite Armée pénétra si avant dans le pais ennemi, qu’elle y eûtpéri malgré la bravoure & l’habileté de son Chef, si l’Electeur, sanscomparaison plus fort, eût mieux entendu la guerre, ou l’eût faiteavec de bonnes troupes. II fût battu ; tout son pais fût ruiné. Les Lor-rains, manque de canon, 11e pûrent s’emparer d’aucune Place, & revin-rent hiverner chez eux.
L’Electeur , qui appréhendoit la Campagne suivante, eût recoursà son azile ordinaire. Le Duc de Lorraine reçut ordre de désarmer in-cessamment. On écrivit au Palatin pour le sommer d’en faire autant, &on lui envoïa un Acte de garantie contre quiconque l’attaqueroit. Cesdeux Princes obéirent. Le Palatin quoiqu’aggresseur-& vaincu tira leprincipal fruit de cette guerre, aïant ruiné les Châteaux qui incommo-doient fa frontière & assûroient celle de son ennemi. Ces actes d’auto-rité fur deux Princes Souverains, consolèrent un peu du chagrin qu’onavoit eu d’être obligé d’en passer par où PAngleterre & la Hollandeavoient souhaité.
Mais rien ne fit paroître avec plus d’éclat la puissance de Louis,que fa magnificence, on pourroit dire son luxe, & les dépenses prodi-gieuses auxquelles il fournit en même tems. Outre 'les fortifications desVilles de Flandre, qui coûtoient des sommes immenses , on ne disconti-nua point de bâtir au Louvre & à Versailles. On acheta une quantité pro-digieuse de meubles précieux, de tableaux, de statues, de pierreries.On fit faire un habit d’un prix inestimable, qui ne devoit servir quepour recevoir les Ambassadeurs ; les diamans, dont il étoit chargé, plû-tôt qu’orné, valoient plus de seize millions. Avant que d’arriver autrône, qui étoit extrêmement élevé, on passoit par une galerie si rempliede vases d’argent massif, qu’on eût dit qu’on avoit rassemblé tout ce quis’en trouve aux Indes. La matière cependant étoit ce qu’il y avoit demoins à considérer ; tous ces ouvrages étoient exquis, & la façon encoûtoit beaucoup plus. La table , pour la délicatesse & l’abondance,étoit proportionnée à la magnificence des appartemens & des meubles.II en étoit de même des Livrées, & ce ne seroit point-du-tout exagérerque de dire, que ces seules dépenses montoient plus haut que n’avoientété tous les revenus de l’Etat du tems de Louis douze.
j U u 2 On
1668.
Sa magnifi-cence prodi-gieuse.
Vie de Col .bert,pag. i Ç2.