z 68
HISTOIRE
1670.
Toute laFrance a cruce qu’elle a-voit dit.
Tom. 6. pag.74 -
On examineson Corps.Les Méde-cins Françoisdéclarentqu’iln’y apoint eu depoison.
>5
»
»,
L e genre de cette mort aufïì peu attendue qu’un coup de tonnerredans un beau jour, suffiíòit seul pour qu’on ne la crût pas naturelle. Lessoupçons de cette Princesse , ou plutôt, la certitude où elle parut êtrequ’on l’avoit empoisonnée , fixèrent à cet égard les sentimens du pu-blic , de manière que tout ce qu’on fit pour le détromper fût inutile. Cene furent pas au reste des bruits populaires ; voici ce que Mademoisellede Montpensier en a écrit. „ Lorsque je fus dans le carosse, la Rei-„ ne me dit, Madame n’en peut plus , & ce qu’il y a de plus fâ-„ cheux , c’est qu’elle croit avoir été empoisonnée. Je me récriai, ah !„ quelle horreur ! je suis au désespoir de ce bruit-là ; & sans songer kce que je disois, j’ajoutai , nous sommes de bonnes gens de nôtreRace, & je demandai ce que c’étoit ; elle me répondit, que dans leSalon de St. Cloud, où elle étoit en bonne santé, elleavoit deman-dé à boire de l’eau de chicorée ; que son Apotiquaire lui en avoitdonné, qu’après savoir buë elle s’étoit mise à crier qu’elle sentoit unfeu dans son estomac, qu’elle crïoit fans cesse. La Reine se mit fortà la plaindre , & parla fort de tous les chagrins que Monsieur luiavoit donnés ; qu’elle étoit toute en larmes lorsqu’elle étoit partie ,
qu’il sembloit qu’elle avoit prévu son mal.Lorsque nous
arrivames à St. Cloud, nous ne trouvâmes presque personne qui parûtaffligé ; Monsieur sembloit être étonné ... & disoit, Madame , faitesvos efforts pour vomir , afin que cette bile ne vous étouffe pas. On alloit,on revenoit dans cette chambre , on y rioit ; je dis à Monsieur, on nepense pas que Madame est en état de mourir. 11 me répondit, que sonConfesseur étoit un Capucin, qui netoit propre qu’à lui faire hon-neur dans un carosse , pour que le public vît qu’elle en avoit un ; qu’ilfalloit un autre homme pour lui parler de la mort; qui pourroit-ontrouver qui eût bon air à être mis dans la Gazette, pour avoir assistéMadame ? Je répondis que le meilleur air qu’un Confesseur dût avoirdans ce moment-là, étoit d’être homme de bien & habile . . . Onne parla que de la mort de Madame, du soupçon qu’elle avoit eud’être empoisonnée, & de la manière dont Monsieur & elle avoientvécu depuis longtems.
„ Sur les bruits que je viens de dire, l’on fit assembler tous les Mé-decins du Roi, de feuë Madame & de Monsieur , quelques-uns deParis, celui de l’Ambassadenr d’Angleterre, avec tous les habiles Chi-rurgiens , qui ouvrirent Madame. Ils lui trouvèrent les parties no-bles bien saines, ce qui surprit tout le monde, parce qu’elle étoit dé-licate & presque toûjours malade. Ils demeurèrent d’accord qu’elleétoit morte d’une bile échauffée. L’Ambassadeur d’Angleterre yétoit présent , auquel ils firent voir qu’elle ne pouvoit être morteque d’une Colique , qu’ils appellèrent un Choiera morbus. Voilà cequi nous fût rapporté devant la Reine. Chacun questionna à son tourles Médecins ; celui l’Angleterre ne laissa pas de faire un Ecrit qui dé-plût extrêmement à Monsieur. J’allai chez Monsieur , qui ne me
5 )
parut point affligé
Selon