DE LOUIS XIV. LIV. XXXII. Z79
beaucoup, Sire, par I’honneur que j’ai d’être auprès de Vôtre Majesté' ; „celle que je veux prendre ne m’en éloignera point. J’aurai donc celui „de lui dire, qu’il est fi ordinaire d’être marié, que je crois qu’on ne „sauroit blâmer les gens qui le veulent être. C’est, Sire, fur Monsieur „de Lauzun que j’ai jetté les yeux. Son mérite, & rattachement qu’il „a pour Vôtre Majesté font ce qui m’a plû d’avantage, & ce qui a le „plus contribué à ce choix. „
Vôtre Majesté fe souviendra peut-être combien j’ai désapprouvé „le mariage de ma sœur, & n’aura'pas fans doute oublié tout ce que „l’ambition m’a fait dire mal à propos là-dessus. Je la supplie très-hum- „blement de ne point penser à ce que cette passion m’a fait dire & ima- „giner; & si elle pense que ce soit une autre passion qui me fait par- „ler à présent, je la supplie de croire qu’elle est fondée sur la raison, „puisqu’il y a longtems que j’examine ce que je veux faire. Je deman- „de à Vôtre Majesté, comme la plus grande grâce qu’elle me puisse „jamais faire, de m’accorder cette permission. L’honneur qu’a Mr. de »Lauzun d’être Capitaine des Gardes de son Corps ne le rend pas in- „digne de moi. Le Prince de Condé qui fût tué à la bataille de larnac, „étoit Colonel de l’Infanterie avant que cette Charge fût un Office de „la Couronne. Je dis ceci à Vôtre Majesté pour lui marquer que plus „on a de grandeurs, plus on est digne d’être de vos domestiques ; & „comme toutes les Charges de vôtre Maison honorent ceux qui les „ont, je suis bien-aise que Mr. de Lauzun en ait une “.
Le Roi répondit fort honnêtement ; que la demande I’avoitun peuétonné; qu’il la prioit de ne rien faire légèrement, d’y bien penser ;qu’après-tout il ne vouloit point gêner, & qu’il donneroit des marquesde fa tendresse. Cette réponse polie ne satisfit pas la Princesse, elle semodéra quelque tems ; son amour lui donna la hardiesse de parler elle-même & de plaider fa cause. „ Sire, dit-elle , je viens déclarer à Vó- „tre Majesté que je fuis toûjours dans la résolution de faire ce que je „me suis donné l’honneur de vous écrire. Plus j’examine l’afFaire, „plus je connois que mon bonheur en dépend. Sire , l’estime que Vô- „tre Majesté a témoigné à Mr. de Lauzun en lui donnant une Charge „auprès de fa Personne, a été le commencement de la mienne ; l’hon- „neur qu’il a d’être vôtre sujet & vôtre domestique me le fait plus con- *sidérer qu’un des plus puissans Princes de l’Europe. Ce sera proprement „Vôtre Majesté qui l’élévera, & non pas moi; tout ce que j’ai & ma ,»personne dépend d’Elle. Je n’aurois pas cru autrefois que cela fe pût „faire; tout change; je ne fais pourtant rien ni contre mon honneur, „ni contre ma conscience; cette démarche ne peut tout-au-plus que „blesser mon ambition, & j’en trouve une de mon goût de contribuer „à l’élévation d’un homme, qui a un cœur aussi extraordinaire que „l’est celui de Mr. de Lauzun ".
On lui répéta que cette affaire n’étoît pas de celles qui pussent sefaire légèrement ; qu’on ne vouloit point lui donner de conseil; qu’elle
Lbb q étoit
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Réponse sa-ge & honnê-te de cePrince. Ma-demoisellerevient à lacharge.Montpexfar,tom. 6 . pag,119.
Ib. pag. i*j.
On la prisencore debien penser