LA MONARCHIE ABSOLUE
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qu’un seul verre pour tous les convives. Encore audébut du règne de Louis XIV, même à la cour, mêmedans les dîners de cérémonie, on mangeait le potage encommun, chacun puisant à son tour dans la soupièreunique. L’usage d’assiettes individuelles s’introduisit,dans la haute société, vers la seconde moitié du XVII ,nesiècle, et cinquante ans plus tard seulement dans labourgeoisie. Les instincts brutaux qui subsistaient,même chez les nobles, se manifestaient par la fureur duduel. Les plus grossières plaisanteries étaient de mise,même avec les dames.
Les choses changèrent au commencement du règnede Louis XIV. A Paris, M me de Rambouillet et les Pré-cieuses donnèrent l’exemple de mœurs moins rudes et demanières plus distinguées. L’incivilité fit place au respectenvers les femmes, à la courtoisie envers les hommes,à l’aisance dans les manières, à la politesse française,en un mot. Celle-ci donna peu à peu le ton à l’Europe.
Le goût s’épura. Il était interdit d’employer, dans labonne compagnie, des expressions vulgaires ou triviales.Les Précieuses proscrivirent un grand nombre de termespopulaciers, ou exotiques, ou pédantesques. Elles furentsecondées dans cette œuvre par les académiciens et lesgrammairiens. La langue française atteignit ainsi undegré de perfection remarquable ; parler mal était unsigne de mauvaise éducation.
§ 92. L’habitation et le costume. — Le peuple des cam-pagnes se contenta, jusqu’au XVIII me siècle, dans toutel’Europe centrale et occidentale, de logis rudimentaires.Les murs des chaumières étaient faits de boue et depaille, ou de bois dans les pays des montagnes. La terrebattue tenait lieu de plancher ; une seule pièce abritaittoute la famille.
Même au sein des classes riches, on ignora longtempsle confort. Chez les nobles, l’habitation principale ne secomposait guère, jusqu’au XVII me siècle, que d’un seul