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HISTOIRE GÉNÉRALE
561, sans compter qu’il y avait aussi des représen-tants des ordres privilégiés qui désiraient des réformes.Dans le second, les deux Etats privilégiés feraient majo-rité et s’opposeraient aux innovations. On perdit sixsemaines en débats stériles sur cette affaire.
Enfin, le Tiers résolut d’imposer sa volonté. Le 17 juin,ses députés, auxquels s’étaient joints quelques nobleset quelques représentants du bas clergé, se proclamè-rent Assemblée nationale 1 . Le 20 juin, trouvant la sallecommune fermée, ils se réunirent au Jeu de paume etjurèrent de ne pas se séparer avant d’avoir donné uneconstitution à la France 2 . Alors le roi irrité convoquaune séance générale, le 23 juin, et enjoignit aux ordresde délibérer séparément. Le Tiers refusa d’obéir : le roidut enfin céder, et la réunion des trois ordres fut ainsiun fait accompli 3 . L’assemblée qui devait donner uneconstitution au pays reçut le nom (l’Assemblée consti-tuante. Ainsi la E’rance cessa d’être une monarchie abso-lue. La Révolution politique était accomplie.
§ 96. La Révolution populaire : prise de la Bastille. —La nouvelle de ces événements agitait toute la France ;mais la ville de Paris, remuée par l’active propagandedes orateurs et des journalistes, était surtout en pleineeffervescence révolutionnaire. Dans l’espoir de contenirle mouvement et aussi de tenter un coup d’Etat, le roifit venir quelques régiments à Versailles et à Paris.Soixante députés devaient, disait-on, être arrêtés, et
1 Sieyès, l'auteur (le la proposition, avait écrit : « Qu’est-ce quele tiers Etat ? — Rien. — Que doit-il être? — Tout. »
2 « Le jeu de paume, dit Michelet, fut comme la crèche pour lanouvelle religion, son étahle de Bethléem. »
3 « Puisqu’ils ne veulent pas s’en aller, dit le roi, qu’on les laisse. »— L’apostrophe célèbre de Mirabeau au maître des cérémoniesa probablement été arrangée après coup : « Allez dire au roi, votremaître, que nous sommes ici de par la volonté du peuple et quenous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ».