45o CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
leur chute, prairies, bestiaux, villages, habitans. Unefois le roc mis à nu, les eaux pluviales qui pénètrentdans ses fissures, le minent sourdement ; les fortes geléesle délitent et le dégradent ; il tombe en ruine, et sesdébris s’accumulent à la base des montagnes. Le mal estsans remède : les forêts bannies des hautes cimes n’yremontent jamais ; les lavanges et les éboulemens qui serenouvellent chaque année, changent bientôt en desdéserts sauvages des vallées populeuses et florissantes.
La lumière, la chaleur, et l’oxigène, décomposent l’hu-mus que les plantes herbacées produisent sur les terrainsdécouverts, tandis que celui qui se forme à l’ombre desforêts, garanti par elles de l’action des agens destruc-teurs, s’augmente chaque jour, non seulement des dé-pouilles des végétaux, mais encore de celles des animauxde tous genres qui cherchent un refuge dans ces lieuxsolitaires. Voilà pourquoi les terres nouvellement défri-chées sont d’une fécondité prodigieuse. Dans les premiè-res années on y cultive le Seigle ou l’Avoine , de préfé-rence au Froment, parce que cette précieuse Céréale ytrouvant une nourriture trop abondante, s’emporteraiten longs chaumes, et ne donnerait que peu de grains.Mais après un nombre d’années plus ou moins considé-rable , la terre s’épuise, et il faut avoir recours auxengrais, c’est-à-dire, qu’il devient indispensable de res-tituer au sol les principes nourriciers dont les récoltessuccessives l’ont privé. Si le cultivateur néglige ce soin ,les récoltes s’appauvrissent, et bientôt la Ronce , le Char-don , et cent autres espèces sauvages, prennent la placedes espèces agricoles. Alors les troupeaux diminuent àvue d’œil ; car la multiplication des troupeaux, et parconséquent celle de la race humaine, dépendent sur-toutde létat prospère de l’agriculture.