452 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALESforce de la Nature , soumise jusqua certain point àl’empire des sociétés humaines , est le principal ins-trument de leur grandeur ou de leur misère. Par elleen effet, l’homme change la face de la terre et modifieles climats, tantôt à son avantage, tantôt à son détriment.Combien l’ambition et la cupidité des princes, la lâchetéet l’abrutissement des peuples, n’ont-ils pas rendu de paysstériles ! Rappeliez-vous ce que furent l’Asie mineure,la Judée , l’Egypte,les provinces situées au pied du montAtlas, et voyez ce qu’elles sont devenues. Rappeliez-vousla Grèce , autrefois la patrie des arts et de la liberté,aujourd’hui celle de l’ignorance et de la servitude ; ellen’est reconnaissable qu’à ses ruines et à ses tombeaux.L’homme a refusé son travail à la terre, et la terre sestrésors à l’homme : tout a disparu avec l’agriculture. Levoyageur qui parcourt cette contrée célèbre ne trouve,à la place des belles forêts dont les montagnes étaientcouronnées , des riches moissons que récoltaient vingtnations industrieuses, des nombreux troupeaux qui fer-tilisaient les campagnes, que des rochers décharnés etdes sables arides habités par de misérables bourgades.Vainement il cherche plusieurs fleuves dont l’histoirea conservé les noms, ils sont effacés de la terre. Ce n’estdonc pas assez que la fureur des conquêtes et le despo-tisme renversent les villes , dépeuplent les provinces , etreplongent l’espèce humaine dans la barbarie, il fautencore qu’ils tarissent jusque dans leur source les ri-chesses naturelles du sol !
Je pourrais opposer à ces tristes résultats de nos pas-sions les heureux effets de notre industrie : de nombreuxtroupeaux rendant à la terre les substances nutritives queles végétaux lui enlèvent ; les débris des corps organiséstransportés des villes dans les campagnes ; les substances