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Tome premier.
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PREMIERE PARTIE. SECTION II.

tout a dû céder, soit plutôt parce que la ligne des cataractes, formant partie intégrantedes Alléghanys , n’a pas dû s’étendre jusqu’au Mississipi .

Quant au Saint-Laurent, il peut être considéré comme presque aussi étranger que leMississipi à la chaîne des Alléghanys proprement dite , en ce sens que les montagneschangent entièrement d’aspect à l’approche de la ligne qu’il suit pour se rendre du lacOntario à la mer. Il diffère essentiellement des autres tributaires de l’Atlantique, et,par exemple, sa direction est diamétralement opposée à la leur; il coule à peu pi’ès endroite ligne du midi au nord; ils vont au contraire du nord au midi. Dès lors il n’v arien de surprenant à ce qu’on ne retrouve pas chez lui les caractères qui les dis-tinguent, et entre autres la même interruption brusque à peu de distance de la mer.

D’ailleurs, s’il ne présente pas une chute près de son embouchure, au point où ilserait rencontré par la ligne des cataractes idéalement prolongée, il s’en faut qu’ilsoit, comme l’IIudson et le Mississipi, exempt de rapides sur la majeure partie d.eson cours. Comme eux, et plus qu’eux, imposant par sa masse, s’il séduit l’amateurdu pittoresque par la limpidité de ses eaux d’un bleu plus pur encore que celles del’Hudson et par le paysage tantôt riant, tantôt grandiose qui le horde, il est détes-table sous le rapport de la navigation. Au-dessus de Montréal , il est hérissé d’obstacleset parsemé de plans inclinés et de rapides, sans parler de la grande chute duNiagara, par laquelle il se précipite du niveau du lac Érié à celui du lac Ontario . Demême que l’Hudson, et peut-être au même instant que lui, par l’effet d’une seule etmême impulsion, il paraît s’être frayé un chemin au travers de bancs épais de granitet de gneiss, ainsi que l’attestent le chaos des Mille-Iles ( Thousand Islands ) et lesmurailles à pic entre lesquelles il coule à Québec ; mais bien plus que l’Hudson, il aconservé dans son cours la trace des difficultés qui s’opposaient à son passage, car il neles a qu’en partie surmontées.

La perturbation d’un caractère si général, annoncée par ces cataractes communes àtant de fleuves proche de l’Atlantique, n’est pas simplement une curiosité de confi-guration et un témoignage intéressant des rapports qui existent entre la constitutiongéologique intime d’un pays et ses traits extérieurs. La ligne des cataractes partagela région qui horde l’Atlantique en deux parties bien distinctes, aux yeux de l’in-dustriel et à ceux de l’homme d’état, tout comme à ceux du géographe. Au bas descataractes, de leur pied à la mer, les fleuves sont à peu près sans pente et d une naviga-tion aisée, surtout au nord; leur eau est salée ou saumâtre, et monte ou descend avecla marée ; leurs rives sont plates, et les eaux y ont peu ou point d’écoulement. C’est unsol sablonneux, très-peu fertile, excepté sur le bord immédiat des ruisseaux et desfleuves, et parsemé de flaques d’eaux stagnantes d’où s’exhalent, pendant l’été, desmiasmes fiévreux. Cette première zone malsaine, inculte, couverte de forêts de pins,presque inhabitable et inhabitée, est étroite au nord de la Chésapeake , au-dessus du37 e degré de latitude; mais elle occupe un assez grand espace au sud, en Virginie,dans les deux Carolines et en Géorgie. Entre Charleston (Caroline du Sud ) et Augusta(Géorgie ), villes situées sur une ligne à peu près perpendiculaire au littoral, elle n’apas moins de 200 kilom. de largeur. Au-dessus de la ligne des cataractes, la scène