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Tome premier.
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RÉGION CENTRALE. — VALLÉE DU BAS MISSISSIPI .

bayous principaux sont, sur la rive droite, la Plaquemine et la Fourche; sur la rivegauche, l’Iberville, le Gentilly et le Bienvenu. Ils arrivent a la mer au travers de ter-rains mouvants, à hase de houe et de tourbe, parsemés de nappes d’eau et sillonnésde nombreux ruisseaux dont les eaux proviennent, par infiltration, du Mississipi ou des bayous eux-mêmes. Le bord de la mer est occupé par des lagunes salées, dontquelques-unes entrent assez avant dans les terres et forment de véritables lacs. Telest le lac Pontchartrain qui arrive jusqu’à deux lieues de la Nouvelle-Orléans . Le lacBorgne est plutôt une baie.

Mais les bayous diffèrent à beaucoup d’égards du lleuve lui-même ; ils ne parti-cipent point de sa profondeur. Leur prise d’eau a lieu par une échancrure peu pro-fonde des bords du lleuve. Excepté pendant l’inondation, ils ne conduisent à la merqu’une très-petite portion du Mississipi . Il arrive même que pendant l’étiage quelques-uns, au lieu de lui rien emprunter, lui versent les eaux qu’ils recueillent des maré-cages de la plaine : l’Atchafalaya est dans ce cas.

Le Mississipi poursuit lui-même son cours directement jusqu’au golfe; il s’avanceavec sa masse hors de la ligne du continent, dans le chenal qu’il s’est créé à forced’amonceler des boues et des arbres de dérive, et qu’il étend graduellement. Il se dé-charge dans la mer par plusieurs embouchures, parmi lesquelles on en remarquecinq, toutes fort variables par le nombre et la forme des îles qui les parsèment,et par la profondeur de leur chenal au-dessus de la barre. Ce terrain mal assischange d’aspect tous les jours. C’est que, sur dix ou douze myriamètres, le Mississipi est porté par un radeau flottant et grossièrement assemblé, découvert seulementpendant l’étiage, dont les coups de mer et le choc des eaux ébranlent les partiesintégrantes, les font ployer et les déplacent, donnant lieu ainsi à d’étranges phéno-mènes.

Le majorDelafield, qui, en qualité d’officier du génie,"est demeuré longtemps en sta-tion dans le fort Jackson, près de l'embouchure du fleuve, y a recueilli des faits dontquelques-uns ont été insérés dans des rapports adressés au Congrès, et qui prouventqu’à certains moments il se manifeste, dans le voisinage de la barre, une force desoulèvement qu’accompagnent sans doute des dépressions produites ailleurs.

Ainsi une goélette, ayant fait naufrage, disparut sous l’eau ; le haut du mât restaitseul visible ; quelque temps après la goélette se trouva hors de l’eau sur une île.

Un navire anglais, qui, venant chercher du colon à la Nouvelle-Orléans , y apportaiten lest des dalles de pierre de Portland, tout comme les bâtiments de Boston s’y rendentavec du granit, et ceux de Baltimore avec de la brique, fut obligé, une fois arrivé surla barre, d’en jeter une partie à la mer. A peu de temps de là, les dalles étaient à secsur une île.

L’étage inférieur du fort Jackson fut un jour subitement envahi par les eaux,pendant que le fleuve était médiocrement élevé, et qu’aucun danger d’inondationn’était apparent. Les officiers, étant accourus sur la rive , trouvèrent le Mississipi au même niveau que la veille ; mais des bois, qui gisaient auparavant entrela levée et le fleuve, avaient été jetés par dessus la levée avec une masse d’eau.