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Tome premier.
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IV
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iv

INTRODUCTION.

|la voix publique lui désignoit ( i ) : mais il l’arrête dans le cours des réformes que vouloitopérer ce ministre , dont tout le malheur fut d’être appelé quinze ans trop tôt à gouverner.^Maurepas le sacrifie : il lui donne pour successeur un autre homme , estimé, laborieux ,intégré , qu’il gêne également et encore plus ; qu’il inquiété, et qu’il retient dans unedépendance affligeante , ennemie de toute grande amélioration. Cependant il engagela France dans une alliance et dans une guerre étrangère , qui ne laisse au directeurdes finances que l’alternative d’établir de nouveaux impôts ou de proposer des emprunts.Le dernier parti étoit le seul qui pût maintenir en place le directeur des finances , peuagréable à la cour et au ministre principal. Les emprunts se multiplièrent ; nulle réformeéconomique n’en assure les intérêts , au moins d’une maniéré durable. M. Necker estrenvoyé. Cet emploi périlleux passe successivement en différentes mains mal-habiles ,bientôt forcées d’abandonner ce pesant fardeau.

M. d« Calonne , connu par son esprit et par un travail facile , osa s’en charger ; maisce poids l’accabla. Il avoit à combattre la haine des parlements et les préventionsfâcheuses d’une partie de la nation. Toutefois son début fut brillant. Une opérationheureuse et surtout sa confiante sécurité , en imposa. Elle réveilla le crédit public ,qui , fatigué de ses nouveaux efforts , s’épuisa et finit par succomber : enfin il fallutprononcer l’aveii d’une détresse complète. Il prit le parti désespéré , mais courageux ,de convoquer une assemblée de notables pour leur exposer les besoins de l’état. Alorsfut déclaré le vide annuel des finances , si fameux sous le nom de déficit , mot qui, del’idiome des bureaux, pass» dans la langue commune , et que la nation avoit d’avancebien payé. Un cri général s’élève contre le ministre accusé de dépré%tions et decomplaisances aveugles pour une cour follement dissipatrice. L’indignation publique n’eutplus de bornes. Elle devint une arme formidable dans les mains du clergé et de la noblesse,que M. de Calonne vouloit ranger parmi les contribuables , en attaquant leurs privilègespécuniaires. Les deux ordres se réunirent contre le ministre. Le royaume entier retentitde leurs clameurs , auxquelles se joignit la clameur populaire.

C’est alors qu’on reconnut tout l’empire de cette puissance nouvelle et désormaisirrésistible , l’opinion publique : elle avoit précédement entraîné M. de Maurepas dansla guerre d’Amérique ; et ce triomphe même avoit accru sa force. On avoit pu apper-cevoir pendant cette guerre quels immenses progrès avoient faits les principes de laliberté. Une singularité particulière les avoit fait reconnoître dans le traité avec lesAméricains , signé par le monarque ; et on peut dire que les presses royales avoient ,en quelque sorte, promulgué la déclaration des droits de l’homme , avant qu’elle lefût , en 1789, par l’assemblée nationale. C’est ainsi que le despotisme s’anéantit quelquefoispar lui-même et par ses ministres.

Observons de plus qu’en 1787 , outre cette classe déjà nombreuse de citoyens éprisdes maximes d’une philosophie générale , il s’en étoit depuis peu formé une autre ,non moins nombreuse , d’hommes occupés des affaires publiques, encore plus par goûtque par intérêt. M. Necker, en publiant , après sa disgrâce , son Compte rendu , et ,quelques années après , son ouvrage sur l’administration 4 es finances , avoit donné au

( 1 ) M. Turgot .