5o TABLEAUX HISTORIQUES
quelques citoyens s’écrièrent qu’il en existait un grand nombre au Garde-Meuble. Aussitôton décide qu’il faut s’en emparer ; le grouppe s’écrie : Ju Garde-Meuble ! et ce cri seulaccroît la foule qui s’augmente encore en marchant. Quelques bruits, répandus dès le matin?avaient fait craindre le pillage entier de cette maison; et le garde général des meubles,à qui elle était confiée en l’absence de M. Thierry , avait cherché à la préserver d’uneruine qu’on croyait inévitable.
Mais, dans la chute de toutes les autorités, qui pouvait défendre cet établissement ?Le garde général prit donc le sage parti de n’opposer aucune résistance , et de parlerà cette troupe comme il eût parlé à une députation de l’hôtel-de-ville. Il supposa q ueceux qui la composaient n’avaient d’autre dessein que celui de s’armer , et il leuroffrit toutes les armes qui étaient en son pouvoir , les invitant à ne causer d’ailleursaucun dommage ; conduite qui convenait à des citoyens bien intentionnés. Sans doutelui-même comptait peu sur l’effet de sa prière ; les excès commis à Saint-Lazare, I ematin de cette même journée, devaient lui faire craindre l’entière destruction de l amaison confiée à ses soins. Il ne fut pas peu surpris sans doute de l’espèce d’ordre aveclequel ils procédèrent à cette opération. Les armes parurent être en effet le seul objetde leur recherche. A la vérité , les plus belles , les plus riches attirèrent de préférenceleur attention et leur empressement ; ils allèrent même jusqu’à se les disputer , mais sansviolence, sans combat, et seulement dans les termes d’une rixe ordinaire. Fusils , pistolets?sabres , épées , couteaux de chasse , armes offensives de toute espèce, furent enlevés enmoins d’une demi-heure. Deux canons sur leurs affûts , envoyés par le roi de Siam aLouis XIV , furent traînés et descendus dans la cour avec autant de précautions et desoins qu’en eussent pris les officiers même du Garde-Meuble , s’ils eussent été chargés decette translation. Ils les conduisirent vers la place de Grève, à travers deux haies decitoyens confondus de la nouveauté d’un spectacle à-la-fois effrayant et grotesque. Qu’ 011se représente ce grouppe d’hommes , de femmes, d’enfans, formés tout-à-coup en bataille 11bizarre, offrant l’assemblage des différens costumes guerriers de tout siècle , de tout pay s >anciens et modernes, et portant toutes les espèces d’armes d’Europe , d’Asie , d’Amérique ?même les flèches empoisonnées des sauvages !
La lance de Boucicaut , le sabre de Duguesclin, brillaient dans la main d’un bourgeois >d’un ouvrier ; un porte-faix brandissait l’épée de François I , de ce monarque nor&& epar sa cour le roi des gentilshommes, par opposition à son prédécesseur, le bon Louis X# ’qu’elle appelait le roi des roturiers, et que la postérité a surnommé simplement le père &peuple. Toutes ces armes, étiquetées du nom de leurs anciens maîtres , flattaient m er "veilleusement la vanité de leurs nouveaux possesseurs. Une autre vanité , celle des hovn^qui ne connaissaient que les noms , la naissance, le rang, s’affligeait de ces contrastes ?comme d’un ridicule, d’un scandale , d’une profanation.
Après cette première invasion du Garde-Meuble , ceux qui habitaient cette maisoi 1 ?se croyant délivrés de tout péril , en fermèrent les portes : mais leurs frayeurs reco# 1mencèrent lorsqu’ils se virent assiégés de nouveau par une seconde troupe, plus redoutableque la première , puisqu’elle était composée d’hommes encore plus pauvres , plus 1113vêtus , moins honnêtes , comme on disait alors ; car l’extérieur de l’indigence était, p° uf