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Tome premier.
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i3o TABLEAUX HISTORIQUES

employèrent snr-tout à cette époque avec une infatigable activité , nous avons déjàprincipalement compté le grand moyen des subsistances. Ne pouvant dompter Paris dans Paris même , on s’efforçait de l’atteindre dans les provinces ( i ) qui l’environnentet le nourrissent. Chaque jour l’assemblée nationale apprenait que les marchés étaientdéserts. Plusieurs villes au lieu d’envoyer des secours en demandaient contre la famine.La libre circulation des grains était interceptée. Plusieurs villes retenaient pour leurusage des navires chargés de grains et de farines achetés pour Paris et impatiemmentattendus.

A Yernon les mouvemens populaires étaient plus violens encore. M. Planter, l’undes représentans de la commune de Paris , chargé d’y veiller aux approvisionnemens,ayant voulu s’opposer à cette violence , courut deux fois risque de perdre la vie ; deux

fois la corde fatale avait été tendue.Un jeune homme , un étranger, un Anglais ,

s’élance au milieu de ces Français égarés , couvre de son corps le malheureux Planter ,l’aide à se débarrasser des mains homicides et de la corde meurtrière. Menacé , pressé ,frappé lui-même , mais enivré de cette passion généreuse qui aveugle sur tous lesdangers le véritable ami des hommes , il s’obstine dans ses efforts. Il dérobe enfinPlanter à ses bourreaux ; il lui donne les moyens de fuir ; il fuit lui-même , et épargneainsi à cette multitude effrénée un double crime.

L’assemblée nationale , instruite des troubles, de Yernon , ordonna que des troupesy seraient envoyées pour faire respecter les décrets sur la libre circulation des grains ,pour y faire publier et même exécuter au besoin la loi martiale. La garde nationaleparisienne fournit de nombreux détachemens , auxquels on joignit de l’infanterie deligne et de dragons. L’ordre fut rétabli. M. d’Yères , commandant du bataillon desPetits-Augustins , qui avait été mis par le roi à la tête de l’expédition , fut inculpépar quelques citoyens de Vernon pour la manière dont il l’avait faite ; d’autres députésde la même ville vinrent attester à la municipalité que ces inculpations étaient descalomnies. Ge commandant fut déclaré irréprochable. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner cetteaffaire 5 mais peu de temps après il jugea convenable de se démettre du commandementdu bataillon des Petits-Augustins.

Ce furent ces députés de Yernon qui présentèrent à l’assemblée du corps municipalde Paris le jeune Anglais dont le courage avait soustrait Planter à une mort certaine.La municipalité lui décerna une couronne civique, et lui fit présent d’une épée surlaquelle était gravée cette simple et honorable inscription : La commune de Paris àC. J. W. Nesham , Anglais , pour avoir sauvé la vie à un citoyen français .

Lorsqu’aux applaudissemens d’une multitude innombrable qu’attirait cet intéressantspectacle, le président de la commune posa la couronne sur la tête du jeune Nesham,il lui adressa ces touchantes paroles , dont tous les cœurs acceptèrent l’augure , maisdont le ministère anglais a rendu l’augure trompeur :

« Yous avez bien mérité de la capitale de l’empire français en sauvant, au péril de» votre vie , un citoyen qui lui est précieux. L’assemblée des représentans de la» commune vous doit de la reconnaissance. A l’exemple de Rome , elle vous décerne» la couronne civique ; elle vous orne de l’épée de la garde nationale. Yos parens n’y» liront pas sans attendrissement l’action qui vous l’a méritée. Quand , retourné parmi» eux , vous recevrez un doux regard de votre patrie , vous lui direz que vous avez» vu sur les rives de la Seine un peuple brave , sensible, généreux, trop long-temps» frivole , qui a conquis enfin sa liberté , et qui en jouit avec délices quand il trouve

( i ) Elles portaient encore ce titre. Elles le perdirent le jour même qui a fourni le sujet de cetableau. Le décret qui partage la France en 85 départemens est du i5 janvier.