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Tome second.
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294 TABLEAUX HISTORIQUES

pour résister aux Prussiens dans la Champagne , résolut de tirer dix mille hommes ducamp de Maulde , dont les troupes étaient aguerries, et qui lui portaient autant deconfiance qu’il en avait lui-même en elles. C’était un grand sacrifice que la levée de cecamp qui avait été si utile; mais Dumourier crut qu’il pourrait encore se soutenirmalgré la perte des troupes qu’il en tirait ; et si l’on était obligé d’abandonner tout-à-faitcette position, il en indiquait une autre, qui était fort bonne, au confluent de la Scarpeet de l’Escaut, et dont on pouvait attendre presque autant de bons effets que de cellede Maulde . Pendant cette opération, qui n’était ni longue ni difficile puisque l’arméen’avait pas plus d’une demi-lieue à faire , les Autrichiens passent l’Escaut, sur lequelon avait eu la négligence de laisser des bateaux, attaquent les troupes à l’improviste,les mettent en déroute, leur prennent leurs bagages , leurs canons, et les forcent à seretirer en désordre dans Lille , Valenciennes , Condé, et jusques dans Bouchain.

Les Impériaux profitèrent de leurs succès , attaquèrent le même jour Saint-Amand detous côtés , et s’en emparèrent. La garnison d’Orchies se sauva à Douay , et l’ennemi futmaître de tout le plat pays.

Le duc Albert de Saxe-Teschen , qui commandait les Autrichiens , crut que l’instantétait favorable pour frapper un coup d’éclat ; et après avoir ravagé les campagnes quiavoisinent Lille , il se présenta devant cette ville, à la fin de septembre', à la tête devingt-cinq mille hommes. Une telle armée n’était pas capable d’emporter une place dontles fortifications sont considérables et régulières , et qui avait arrêté , en 1708 , pendantplus de quatre mois , le prince Eugène à la tête de quatre-vingt mille hommes. Mais legénéral autrichien comptait sur les divisions qui régnaient entre les chefs civils et mili-taires , sur le dénuement où se trouvait la place , et encore plus sur les nombreuxpartisans qu’il croyait y avoir. Il dresse ses batteries contre la ville , et les bombes sontdirigées sur les quartiers que l’on sait les plus peuplés et les plus patriotes. Le duc dede Saxe , croyant les habitans intimidés par ce terrible prélude, envoie un officier lessommer de se rendre , et leur annoncer qu’en cas de résistance , le bombardement allaitrecommencer avec plus de fureur , et que la ville serait bientôt réduite en cendre. Nousnous faisons un devoir bien doux de transcrire fidèlement la belle réponse du conseilgénéral de la commune de Lille : Nous venons de jurer d’être fidèles à la nation , de» maintenir de toutes nos forces la liberté et l’égalité , ou de mourir à notre poste. Nous» ne sommes point des parjures. » Des Spartiates n’auraient pas mieux répondu ; ilsn’auraient pas mieux tenu leur parole.

Une potence fut dressée dans la ville pour y pendre le premier qui parlerait de serendre ; on dépava les rues ; on couvrit les maisons de fumier. Les Lillois , pénétrés del’importance de leur situation et du grand exemple qu’ils devaient offrir à la patrie, sepréparèrent à tous les malheurs qui les attendaient avec le courage le plus magnanime.Bientôt une pluie de feu sans aucune interruption tomba sur leurs maisons, dévora leurspropriétés , leur enleva souvent tout ce qu’ils avaient de plus cher, sans pouvoir ébranlerleur constance. L’ennemi, par une barbarie hors d’usage dans les guerres précédentes ,ne tira qu’à boulets rouges pendant tout le siège. La garnison lui riposta par un feusoutenu qui lui tua beaucoup du monde. Le lendemain , le général autrichien envoyademander une suspension de quatre heures pour enlever ses morts. La garnison réponditqu’elle ne voulait aucune trêve avec des êtres féroces qu’elle voulait exterminer. Le joursuivant la même demande fut encore faite , et elle éprouva le même refus.

Pendant que Lille se défendait si bien , un ridicule conflit d’autorité empêchait lesgénéraux d’aller la secourir. Ils faisaient tranquillement des préparatifs pendant qu’elletombait en ruines et qu’elle sollicitait des renforts pour sa garnison fatiguée par un servicecontinuel. La convention fut obligée d’envoyer dans le département du Nord six commis-saires pris dans son sein pour hâter les secours qu’il fallait lui porter. Quelques bataillons