402 tableaux historiques
le Néron de lAsie , aura trempé ses mains dans le sang de sa famille , il aura couronnéses forfaits par un parricide , il aura vu toutes ses entreprises réussir , il aura fournijusqu’à plus de cent ans la carrière la plus fortunée , si l’on peut toutefois êtreheureux au sein du crime et des remords, et l’insensibilité du néant le garantiroitdes traits de la vengeance divine ! Non *, jamais on ne persuadera cet excès d’injusticedans un Dieu que nous ne pouvons définir , mais qui est essentiellement le centrede toutes les perfections, comme il l’est de la toute-puissance. Les scélérats eux-mêmessentent si bien cette vérité , qui est leur supplice, qu’ils font de vains efforts pourl’étouffer, et qu’ils ne peuvent échapper à leur conscience. De là leur désespoir , leurfrémissement, leurs angoisses , leurs terreurs , au moment de la mort ; tandis que lejuste l’attend, comme Socrate , avec calme et sérénité. On ne sauroit trop accueillir,on ne sauroit trop propager les vérités éternelles que nous venons de développer :aussi la convention nationale entendit-elle avec enthousiasme le discours que prononçaRobespierre à la tribune , le 18 floréal an deux , pour proposer une fête à l’Êtresuprême , et décréter que les représentants du peuple reconnoissoient l’existence d’unDieu , et l’immortalité de l’ame. Ce n’étoient pas sans doute des vérités neuves pourune nation éclairée ; mais il faut avouer qu’il n'étoit pas indifférent de les rappeleraprès les séances irréligieuses où des prêtres , des évêques abjurant solemnellement leurétat comme une erreur , avoient ôté au peuple toute idée de culte , toute pensée , toutélan vers la Divinité. On verra bientôt quels étoient les vrais motifs du tyran. Mais laconvention, la nation entière , qui ne pénétroient pas ses desseins , qui ne voyoientdans sa proposition que ce qu’elle avoit de louable, durent l’accueillir avec d’autant plusde transport , qu’à cette époque on sentoit plus vivement le besoin de tourner sesregards , d’élever sa pensée vers la source unique et première de toutes les consolations ,vers celui devant qui disparoissent toutes les puissances , et qui seul peut servir derefuge aux peuples opprimés. L’idée de cette fête fit sur tous les esprits , sur tousles cœurs , après la doctrine désolante des Hébert, des Gobel, des Chaumette, le mêmeeffet que produisent l’aspect d’une riante verdure et la douce influence des premiersrayons du soleil après un hiver dont les frimats ont attristé la nature , et l’ont plongéedans un long deuil. Avant de donner le plan de cette solemnité tel qu’il fut décrétépar la convention , tel qu’il fut exécuté, il est intéressant de rendre compte d’uneautre disposition du même décret : elle porte qu’on célébrera à l’avenir les jours dedécadiles fêtes suivantes :
A l’Être suprême et à la nature
Au genre humain.
Aux bienfaiteurs de l’humanité.
Aux martyrs de la liberté.
A la liberté et à l’égalité.
A la république.
A la liberté du monde.
A l’amour de la patrie. A la bonne foi.
A la haine des tyrans et des traîtres.A la vérité.
A la justice.
A la pudeur.
A la gloire et à l’immortalité.
A l’amitié.
A la frugalité.
Au courage.