5 ?o TABLEAUX HISTORIQUES
paix à nos ennemis. Dès que ce général vit que le souverain pontife violoit ouvertementle traité d’armistice, il fit marcher la division du général Victor vers Irnola, premièreville de l’état ecclésiastique.
L’armée du pape avoit coupé les ponts ets’étoit retranchée avec le plus grand soinsur la riviere de Senio qu’elle avoit bordée de canons : elle étoit commandée par desofficiers autrichiens que la cour de Vienne avoit envoyés au pontife - roi. Le généralLasne , qui étoit à la tête de l’avant-garde de notre armée, apperçut les ennemis quicommençoient à le canonner; il ordonna aussitôt aux éclaireurs de la légion lombarded’attaquer les tirailleurs papistes. Le chef de brigade Lahos, commandant de cette légion,réunit ses grenadiers, qu’il fît former en colonne serrée, pour enlever à la baïonnetteles batteries ennemies. Cette légion qui voyoit le feu pour la première fois se couvritde gloire ; elle enleva quatorze pièces de canon sous le feu roulant de trois ou quatremille hommes retranchés. Pendant que le feu duroit, plusieurs prêtres , un crucifix àla main, prêchoient ces malheureuses troupes, mais ne se mettoient pas en avant.Nous prîmes à l’ennemi quatorze pièces de canon et huit drapeaux ; nous fîmes milleprisonniers, et nous tuâmes quatre ou cinq cents hommes.
Nos troupes se portèrent aussitôt sur Faenza ; elles en trouvèrent les portes fermées;toutes les cloches sonnoient le tocsin , et une populace fanatisée prétendoit en défendrel’issue. Tous les chefs, notamment l’évêque, s’étoient sauvés; deux ou trois coups decanon enfoncèrent les portes, et les troupes républicaines entrèrent au pas de charge.
Le général Victor continua sa route , et se rendit maître de Forli ; il se porta ensuitesur Césene : enfin on chassa de la Romagne toutes les troupes du pape. Cependant unévènement plus important et plus glorieux , sur-tout plus décisif, mettoit le comble auxtriomphes multipliés des Français , etfixoitle sort de cette célébré campagne en mêmetemps qu’il faisoit briller la magnanimité, les grands talents, la valeur et la modérationdu général en chef Buonaparte; Mantoue capituloit : et néanmoins il résiste à l’ambitionque tout autre vainqueur auroit peut-être eue à sa place de marcher sur Rome et demonter en triomphateur au Capitole. Il ne restoitau pape que la Sabine, le patrimoinede Saint Pierre, et la Campagne de Rome . En vain ce dernier, dans ses ridicules ma-nifestes de guerre , qui semblent écrits au douzième siecle , avoit-il promis l’assistanceformelle des apôtres saint Pierre et saint Paul; toutes ces pieuses charlataneriesn’avoientabouti qu’à voir démentir tant de prophéties, et à prouver leur vanité et leur im-puissance.
Les congrégations se succédoient, et la terreur étoit dans Rome ; la famille du pape,les princes romains profitoient de la nuit pour sauver leur fortune, et envoyoient versNaples leurs chariots et leurs bagages ; les pays qu’avoit traversés l’armée française ,comptant sur sa marche ultérieure vers Rome et sur l’abolition du gouvernement desprêtres , créoient des municipalités et s’organisoient pour la liberté.
Réduit à n’avoir d’autre parti à prendre que celui de quitter Rome , le pape écrivit enfinle 24 pluviôse au général français , en lui envoyant deux plénipotentiaires pour traiter dela paix, le cardinal Mathei et un ecclésiastique nommé Galepi. «Assurés, écrit le souverain« pontife à Buonaparte , des sentiments de bienveillance que vous avez manifestés,
« nous nous sommes abstenus de tout déplacement de Rome , et par-là vous serez per-te suadé combien grande est notre confiance en vous. »
Buonaparte avoit établi son quartier-général à Tolentino, qui n’est éloigné de Rome que de douze postes. Il y reçut les députés du pape , et y signa, le premier ventôse ,ce traite de paix, qui fut ensuite ratifié à Paris par le corps législatif. Par ce traité, dont