DE LA RÉVOLUTION. 5§t
ïioüs devons transmettre à la postérité les principales dispositions, le pape renoncepurement et simplement à tous les droits qu’il pôurroit prétendre sur les villes et terri-toire d’Avignon, le comtat Venaissin et ses dépendances, et transporte, cede et aban-donne lesdits droits à la république française; le pape renonce également à perpétuité,cede et transporte à la république française tous ses droits sur les territoires connus sousles noms de légations d e Bologne> Ferrare , et la Romagne. La ville, citadelle et villagesformant le territoire de la ville d’ Ancône resteront à la république française jusqu’àla paix continentale.
Croiroit-on que la cour de Rome s’est encore portée à de nouveaux attentats? A peinela paix a-t-elle été conclue avec cette puissance, à peine les troupes françaises se sont-elles retirées des frontières de l’etat ecclésiastique, que la théocratie assassine l’un denos plus estimables généraux; le brave Duphot tombe sous leurs coups. L’Europe en-tière est convaincue que le gouvernement papal a etele seul auteur de ce crime : tandisqu’il excitoit un simulacre de révolte (î), le cardinal Brusca correspondoit avec lesconspirateurs frappés le 18 fructidor pour embraser la France , au sujet du culte et descloches. Le directoire exécutif instruit de l’assassinat qui privoit la république d’un deses plus fermes soutiens, ordonna a 1 armee d Italie de marcher sur Rome , et de vengerenfin tant d’outrages. Les habitants de Rome qui n’avoient point pris part aux crimes deleurs prêtres séparèrent leur cause de celle des coupables. Les troupes républicainesentrèrent dans cette ancienne capitale du monde aux acclamations universelles dupeuple le 2 pluviôse l’an VI, et occupèrent le château Saint-Ange le même jour.
Jusqu’au 27 pluviôse le général Berthier, arrivé sous les murs de Rome , n’y étoitpoint entré lui-même; il étoit resté dans son camp. Le matin du 27, époque anniversairede la vingt-troisieme année du régné de Pie VI , le peuple romain se porta au Campo-Vaccino (l’ancien Forum de Rome ) et y rédigea un acte solemnel de la reprise de sasouveraineté. Dans cet acte, qui sera à jamais célébré, il est dit en substance que lepeuple romain, opprimé depuis très long-temps par un gouvernement de prêtres,vrai monstre en politique, a tenté vainement plusieurs fois d’en secouer le joug ; qu’unemagie secrete de superstition, d’intérêt et de force armée, combinée contre ses efforts,avoit rendu jusqu’à présent ses tentatives inutiles ; mais qu’enfin ce gouvernement vientde s’écrouler de lui-même par ses alternatives de foiblesse et d’insulte, de bassesse et d’or-gueil; quele peuple romain, craignant de lui voir succéder ou l’horrible anarchie ou unepire tyrannie, arassemblé toutson courage et recueilli toutes ses forces pour se soustraireaux résultats de cette dissolution; qu’il s’est en conséquence décidé à revendiquer sesdroits de souveraineté ; qu’enfin ce peuple réuni déclare avec un seul esprit et d’uneseule voix à Dieu même et à l’univers que le peuple romain n’a eu aucune part auxattentats affreux et aux assassinats par lesquels ce gouvernement a si gravement offenséla nation française et sa république invincible, attentats que le peuple romain détesteet dont l’infamie doit retomber perpétuellement sur la tête de leurs auteurs.
L’acte dont nous venons de parler contient la nomination de tous les magistrats,préfets, édiles et officiers du nouveau gouvernement provisoire : finalement le peuplenomme huit députés pour aller en son nom se présenter au général des troupes de larépublique afin d’implorer près de lui la puissante protection d’une nation généreuse,
( 1 ) Voici comment a été commis l’assassinat de l’infortuné Duphot. Environ deux cents individus ,parmi lesquels on reconnoit des espions et des émissaires du gouvernement, feignent de s’insurgerpour la liberté. Duphot refuse d’appuyer leur démarche ; on investit, on viole le palais de l’ambassa-deur français , et Duphot est assassiné.