Ch ap.X.
ê VÍTRUVE
Les Architraves, les Corniches & tous les autres membres seront mesurez sur les réglés Aqui en ont esté données dans les livres precedens.
Les espaces découverts qui font dans l’enclos des Portiques, seront ornez de Palliísadesde verdure, parce que les promenades qui se font à découvert dans ces lieux contribuentbeaucoup à la santé : car en premier lieu elles aiguisent 11 les elpeces qui vont aux yeux , la *verdure rendant l’air plus subtil, ôc l’agitation ouvrant les conduits du corps ; ce qui don-ne lieu à la dissipation des humeurs grossières qui font autour des yeux. Secondement lachaleur douce qui est excitée pari’exercice, consume ôc attire en dehors les humeurs &généralement tout ce qui se trouve estre superflu ôc à charge à la nature. Il sera aisé de ju-ger que cela est vray íi l'on considéré que des eaux qui font à couvert & enfermées fous *.terre , u ilnes’éleve aucune vapeur, mais feulement de celles qui font exposées à l'air, Rdesquelles le Soleil attire une humidité dont il forme les nuages. De forte que si l’on peut 15dire que dans les lieux découverts les mauvaises humeurs font attirées hors du corps, com-me les vapeurs le font hors de la terre , il n’y a point de doute que les promenades dans leslieux découverts font dune grande utilité ôc d’un grand ornement aux Villes.
Or afin que les allées soient toûjours exemptes d’humidité, il faut creuser & vuider laterre bien profondément, ôc bastir à droit ôc à gauche des égouts dans lesquels ils y ait descanaux qui descendent des deux costez des allées, ôc aprés avoir emply ces canaux decharbon, y mettre du fable pardessus & dresser l’allée, qui à cause de la rareté naturelledu charbon sera exempte d’humidité : parce que les conduits l’épuiseront en la déchar-geant dans les égouts.
L’intention de nos ancestres a encore esté que ces promenoirs fussent comme des maga-sins dans lesquels les villes trouvassent dequoy subvenir à de grandes nécessitez. On fçait Oque pendant un siégé, il n’y a rien dont on manque si-tost que de bois : car iln’cstpas dif-ficile d’avoir des provisions de sel pour long-temps y on peut fournir les greniers publicsôc ceux des particuliers d’une quantité suffisante de bled, Ôc les herbages, les legumes 6cles chairs peuvent suppléer à son défaut : De mesme si les eaux viennent à manquer onpeut faire des puits ou amasser les eaux de la pluye. Mais les provisions de bois dont ona toûjours besoinpour la cuisine, font difficiles à faire, parce qu’il s’en consume tant,qu’il faut beaucoup de temps pour en amasser suffisamment. Or dans ces besoins pressanson peut couper les arbres de ces Promenoirs ôc en distribuer à chacun fa part. De forteque ces Promenoirs font deux grands biens, conservant la santé pendant la paix, & sup-pléant au défaut de bois en temps de guerre, ôc l’on peut dire qu’il seroit à propos qu’il yen eust dans toutes les Vdles, non seulement au derriere des ScenesdesTneatres, mais Pmesme joignant tous les Temples.
Mais parce que ces choses ont esté suffisamment expliquées, nous allons passer à la des-cription des Bains.
n. Les esfices qui vont aux veux. Philan-der croit que Vitruve a dit perlimat speciem pour fer limâtaciem: mais je n’ay pû estrede son opinion , parce qu’il estévident que Vitruve veut donner deux raisons de l’utilitéque ces promenoirs apportent à la veué, dont l’une est prisede la bonne disposition qu’ils introduisent dans Vorgane parl’exercice de la promenade, & l’autre de la bonne disposi-tion qu’ils donnent par le moyen dela verdure, auxespecesqui frappent l’organe. Or ces deux raisons seroient rédui-tes à une, si on lisoit perlimat aciem , au lieu de perlimatspe-ciem ; & Vitruve fait voir ,ce me semble, allez clairementpar la conclusion de son raisonnement, qu’il a eu intentionde distinguer ces deux raitons ; car il dit, aciem tenuem , (fracHtœmfpeciem rdmqiát ; c’est-à-dire que la promenade rend
aciem tenuem, & le promenoir acutam speciem.
IZ. Il ne s’e l eve aucune vapeur. Cette hy-pothèse est contraire à celle que presque tous les Philoso-phes admettent, comme estant absolument necestaire pourtrouver la raison des sources des fontaines. Et l’experiencefait voir que lorsque les vents secs règnent, les eaux qui nefont touchées ny du Soleil ny du vent, ne laillènt pas des’evaporer. Vitruve mesme suppose cette évaporation end’autres endroits de cét Ouvrage, comme au premier cha-pitre du huitième livre, où il dit que pour connoistre s’ily ade Veau fous terre il faut enfermer dans une fosse bien cou-verte quelque vase renversé, afin que la vapeur de l’eau quis'éleve du fond de la terre s’y attache.
CHAPITRE