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A feuilles , & ensuite avec de la terre : Si le lendemain on trouve des gouttes d’eau attachées Chap. I.au dedans du vase, cela signifie que ce lieu a de seau. Ou bien on mettra un vase de terrenon cuite dans cette mesine sosie, que l'on couvrira comme il a esté dit : lorsqu’on la dé-couvrira s’ily a del'eauen ce lieu , le vase sera moite 8c détrempé par l’humidité. Sionlaisse ausiì dans cette mesine fosse de la laine, 8c que le lendemain lorsqu’on l’exprimerail en coule de l’eau, ce sera une marque que ce lieu en a beaucoup : comme aussi si l’on en-ferme une lampe pleine d’huile & allumée j & que le lendemain on ne la trouve pas toutà fait épuisée 8c que l’huile 8c la meche ne soient pas entierement consumées, ou mesineque la lampe soit mouillée ; cela signifiera qu’il y a de l’eau sous ce lieu, parce que la cha-leur douce attire à soy l’humidité. On peut ausiì faire une autre épreuve en allumant dufeu en ce lieu: car si aprés avoir beaucoup échauffé la terre il s’éleve une vapeur épaisse,
B c’est signe qu’il y a de l’eau.
Quand on aura fait toutes ces épreuves & que les signes que nous venons de dire serencontreront en quelque lieu, il le faudra creuser en maniéré de puits : Si l’on y trouveune source, il faudra faire plusieurs autres puits tout alentour, 8c les joindre eníemble pardes conduits fous terre rmais il fautsçavoir que c’est principalement à la pente des monta-gnes qui regardent le Septentrion, qu’il faut chercher les eaux, 8c que c’est-là quelles setrouvent & meilleures 8c plus faines 8c plus abondantes 5 parce que ces lieux-là ne fontpas exposez au Soleil, estant couverts d’arbres fort épais, Scia deícente de la montagne íefaisant ombre à elle-mesme ; ce qui fait que les rayons du Soleil quelle ne reçoit qu’obli-quement, ne font pas capables de dessecher la terre. C’est ausiì dans les lieux creux quifont auhaut des montagnes, que l’eau dcspluyes s’amasse , & que les arbres qui y croif-C sent en grand nombre, y conservent la nege fort long-temps, laquelle íe fondant peu àpeu, s’écoule insensiblement par les veines de la terre : 8c c’est cette eau qui estant parve-nue aupié des montagnes, y produit des fontaines. Mais celles qui sortent du fond desvallées ne peuvent pas avoir beaucoup d’eau, 8i quand mesine il y en auroit en abondan-ce , elle ne sçauroit estre bonne ; parce que le Soleil qui échauffe les plaines fans qu’aucunombrage l’enempesche, coníume 8c épuise toute slmmeur * ou du moins il en tire ce quiest de plus leger , de plus pur, 8c de plus salubre, qui se dissipe dans la vaste estendue delair, & ne laisse que les parties les plus pesantes, les plus crues & les plus désagréables,pour les Fontaines des campagnes.
CHAPITRE II.
Chap. II,
De l'eau de pluye & de Jès quahtez, 3 .
T L n’y a point de meilleure eau que celle de la pluye , parce quelle est composée desparties les plus legeres 8c les plusíubtiles qui ont esté extraites de toutes les autres eaux,8c que l’air a long-temps purifiées par son agitation, jusqu’à ce que dans les orages ellesíe liquéfient pour tomber fur la terre. Or les pluyes ne tombent pas íìíouvent dans les plai-nes que fur les montagnes ; jaarce que les vapeurs que le Soleil attire au matin, en s’élevantpoussent l’air vers le costé ou elles íont attirées, 8c elles attirent ausiì à elles celuy qui enondoy ant les fuit, afin de ne laisser point de vuide : 8c cet air tout de mesme ensuivantla vapeur qui l’attire, en augmente le mouvement 8c l’impetuofité ; 1 ce qui pro duit les* bouffées des vents, qui amastant 8c amoncelant ces vapeurs que la tiedeur du Soleil a tiréesE de l’eau des Fontaines, des Fleuves, des Etangs 8c de la Mer, forment les nuées, lefquel-
1. Ce qui produit les b oufïe’es des vents.
Ce raisonnement sur la maniéré dont les vents s‘engendrentadéja esté fait au chapitre sixième du premier livre. Les cau-ses que Vitruve apporte, font astèz probables, la raréfa-ction que la chaleur du Soleil produit dans l’air chargé debeaucoup d humidité, estant capable de faire que l’air quel-le élargir, pousse celuy d’alentour qui n’est point raréfié, Scle faste couler: mais cette attraction que Vitruve attribueàla raréfaction défait est une choie mnl-aifée à concevoir.
11 y adroit plus d’appatence de dire que la raréfaction pro-
duisant de foy une impulsion égale de tous les costez, l’airest: déterminé a courir vers un costé plutost que vers un au-tre , lorfqu’il arrive qu’en quelque endroit il íè soit une con-densation de quelque partie de l’air, qui attire vers ce costé-là, tout l’air qui est entre celuy qui est condensé, celuyqui est raréfié, & qui soit que toute l’impulsion de l’air ra-réfié agit vers l’endroit où la condensation se fait ; parceque l’espace que l’air occupoit avant que d’estre condensé,devenant moins remply par la condensation ,donne place àceluy qui est poussé par l’air raréfié ; ce qui fait une appa-