Chap. I.
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V I T R U V E
qu il faut faire pour la bien conduire, 6c comment on peut éprouver 6c connoistre les qua- Alitez d’une chose qui est si nécessaire, si agréable , &: si utile.
Quand on aune source toute trouvée 6c dont il coule quantité d’eau , c’est beaucoupde peine épargnée, mais si l’on n’en a point il la faut aller chercher dans terre 6c la ramas-ser. Pour connoistre les lieux où il y a de l’eau, il faut un peu avant le lever du Soleil, secoucher sur le ventre, ayant le menton appuyé sur la terre où l’on cherche de l’eau, & re-garder le long de la campagne : 1 car le menton estant ainsi aífermy la veue ne s’élevera *point plus haut qu’il est nécessaire, mais asseurement elle s’étcndra au niveau : 6c si l'on voiten quelque endroit une Vapeur humide s’élever en ondoyant, il y faudra fouiller, 1 car *cela n'arrive point aux lieux qui font fans eau.
De plus quand on cherche de l’eau il faut examiner la qualité de la terre parce qu il y acertains lieux ou elle se trouve en plus grande abondance : car l’eau que l’on trouve par- Bmy lacraye n’est jamais abondante ny de bon goust ; parmy le fable mouvant elle est enpetite quantité, 6c rnesine bourbeuse & désagréable si on la trouve aprés avoir fouillé pro-fondément -, dans la terre noire elle est meilleure quand elle s’y amasse des pluyes qui tom-bent pendant l’Hy ver ,& qui ayant traversé la terre, s’attestent aux lieux solides &nonspongieux. Celle qui naift dans une terre sablonneuse, pareille à celle qui est au bord desrivierçs, est aussi fort bonne : mais la quantité en est médiocre, 6c les veines n’en font pascertaines. Elles font plus certaines & astez bonnes dans le sabIon masse, dans le gravier6c dans le carboncle. Dans la pierre rouge elles font bonnes aussi & abondantes, pourveuqu’elles ne réchappent point par les jointures des pierres. Aupié des montagnes parmy lesrochers & les cailloux elles font plus abondantes, plus froides 6c plus saines. Dans les val-lées elles font lassées, pesantes, tiedes&: peu agréables, si ce n’est qu’elles viennent des Cmontagnes 6c qu’elles soient conduites fous terre jusques dans ces lieux, ou que l’ombredes arbres leur donne la douceur agréable que l’on remarque en celles qui sortent du piedes montagnes.
Outre ce qui a esté dit, il y a d autres marques pour connoistre les lieux où l’on peuttrouver des eaux, fçavoir lorsqu’il y a de petits Joncs, 4 des Saules qui font venus d’eux- *mesines, des Aunes, * du Vitex, des Roíeaux, du Lierre 6c de toutes les autres plantes qui *.ne naissent 6c ne sc nourrissent qu’aux lieux où il y a de l’eau. Il ne faut pas pourtant se sierà ces plantes si on les voit dans les marais qui estant des lieux plus basque le reste de lacampagne, reçoivent & amassent les eaux de la pluye qui tombe dans les champs d’alen-tour pendant l’Hy ver, 6c la conservent assez long-temps: mais si dans les lieux qui ne fontpoint des marais, ces plantes se trouvent naturellement, 6c sans y avoir esté mises, on peut Dy chercher de l’eau.
Que si ces marques défaillent, on pourra faire cette épreuve. Ayant creusé la terre de lalargeur de trois piez 6c de la profondeur de cinq au moins, on posera au fond lorsque leSoleil se couche, un vaíe d airain ou de plomb, ou un bassin, caril n’importe : ce vaseestant frotté d’huylepar dedans 6c renversé, on couvrira la fosse avec des cannes & des
i. Car le menton. Cette scituation sert à mieuxvoiries vapeurs qui sortent de la terre, parcequ’estant re-gardées debout, elles n’anroient point cette epaiilèur qui lesrend visibles lorsqu’on les regarde estant couché contre ter-re , Sc que l’on voit dans une mesure ligne droite toutes cesvapeurs à la sortie de la terre , où elles font plus «pailles :car lorfquelles en font plus éloignées, elles font moins visi-bles. Cassiodore dans une Epistre de Theodoric, où il rap-porte une grande partie des signes que Vitruve donne icypour trouver des sources, ajoute que la hauteur à laquelleces vapeurs s’élevent, monstre combien les eaux sont avantfous-terre. Il ajoute encore un autre signe qu’il dit estre tenupour infaillible par les Fonteniers, qui est lorsque le matinon voit comme des nuées de petites mouches qui volentcontre terre toujours à un certain endroit.
z. Cela n’arrivh point. Palladius qui rapportecette maniéré de découvrir les lieux où il y a des sources,ajoute qu’il faut prendre-garde que le lieu d’oùl’on voit éle-vée la vapeur ne soit pas humide en fa superficie , asin quecette vapeur ne puiíl'e estre attribuée qu’à l’eau de source quicoule sous terre.
3 . Dans le sablon masle. Il a esté expliquédans le s-cond livre ce que c’est que sablon malle , carbon-cle , & gravier.
4. Des Saules qu i s on t venus d’eu x-m e s-m e s. J. Martin a traduit Sttlix erratica , Saule sauvage :mais on ne distingue point les saules en sauvages & culti-vez. On ne trouve point dans les Botanistes parmy plus de Ecent especes qu il y a de Saules, celle de Salix erratica , quidoit lignifier un Saule quiestnédeluy-mesme, ce que le mot
d erratica semble signifier ; parce que ceux que l’on plante,sont ordinairement à la ligne. De sorte que le sens de Vitru.r e est que les Saules qui ont esté plantez en un lieu, ne si-gnifient point qu il y ait des sources d’eau, comme font ceuxqui y (ont venus d’eux-mesines.
5- Vitex. J.Martin interprète mal Vitex eder , p re _nant Vitex pour Vimen qui n’est point le nom d’une plantemais qui signifie toutes celles avec lesquelles on peut fairedes liens , à quoy I’ozier n’est pas seul propre. On a expli-qué ce que c’est qus Vitex sur le neuvième chapitre du se-cond livre.
feuilles,