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EXPOSÉ DES IDÉES DOMINAMES.
un travail sur un corps quelconque, c’est-à-dire qu’elles sont dé-pourvues d’un outil proprement dit, et elles ne sauraient, d’aprèscela, être considérées comme des machines complètes. Les grandesusines, destinées spécialement à la construction des machines àvapeur, des turbines, des machines à gaz, etc., ne produiraientdonc, en définitive, que des parties de machines. La propriété d’êtreune machine à vapeur véritablement complète n’appartiendraitqu’aux marteaux-pilons à vapeur, aux cisailles à vapeur, aux lami-noirs à action directe, tandis que les autres machines précédem-ment indiquées, quelle que fût leur perfection d’exécution, n’au-raient. pas le droit de porter ce nom, à moins de se trouver combinéesavec d’autres dispositifs.
Tout cela est évidemment en contradiction avec l’idée naturelleque nous nous faisons d’une machine complète et que nous pour-rions appliquer directement ici, si nous ne nous trouvions pas gênéspar les définitions théoriques, ou plutôt celle idée naturelle est denature à appeler l’attention sur la valeur des considérations théo-riques admises jusqu’à ce jour et à rendre leur autorité fort dis-cutable.
11 est encore un troisième point qui donne matière à d’impor-tantes réflexions du même genre. Considérons un métier à filer, danslequel le fil effectue, pour s’étendre, se tordre, s’enrouler, clc., unesérie de mouvements, qu’il ne pourrait pas exécuter, s’il ne fonc-tionnait, pas lui-même comme organe de transmission de mouvement ,bans ce cas, le fil doit-il être considéré seulement, comme corps àtravailler, ou comme « communicateur», ou comme « outil »? Oùcommence et où finit, chacun de ces trois rôles? Des incertitudes dumême genre existent dans toutes les machines analogues. Commentse fait-il que le métier à filer, et, d’une manière générale, toutes lesMachines utilisées pour le travail des matières textiles ne puissentpas rentrer exactement dans la définition théorique? Est-ce un dé-faut de ces machines, que tout le monde s’accorde pourtant à regar-der comme très-pcrfectionnécs, ou, au contraire, un défaut de lathéorie? — Prenons comme autre exemple un appareil très-connu, lebélier hydraulique de Montgolkieii. L’eau élevée par la machine est iciune portion de la masse de l’eau qui agit comme force motrice. On setrouve, dès lors, évidemment eu présence d’une machine complète;Mais que doit-on considérer comme récepteur, comme transmissionet comme outil? Est-ce le courant d’eau qui doit les représenter touseoscmble?Et, dans ce cas, que sont les autres parties delà machine?