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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

U était jusque-là sans exemple qu’on eût enlevé d’emblée le passaged’une rivière aussi puissamment défendu ; mais l’élan était donné etBonaparte n’hésita pas à en profiter pour frapper de stupeur l’ennemi,déjà déconcerté par la hardiesse de ses manoeuvres , pour lui ôter touteconfiance dans les lignes de défense dont il pouvait être encore tenté des’appuyer.

La cavalerie courut à une dcmi-Iieue au-dessus de la ville chercherun gué praticable, l’artillerie se mit en batterie sur la rive droite ,et lesgrenadiers de Masscna (6000) se formèrent en colonne serrée couvertspar le vieux rempart, la tête à gauche de la porte qui débouche surle pont. Ces dispositions achevées, la canonnade s’ouvrit et l’infanterieennemie ne tarda pas à faire quelques pas en arrière pour se mettre à* l’abri des boulets; bientôt le feu des batteries se ralentit et la cavaleriefrançaise se déployant sur sa droite, elle se retourna en partie contreune attaque de flanc; à ce moment les grenadiers, jusque-là masquéspar le rempart de Lodi, débouchent au pas de course et s’élancent surle pont; une grêle de mitraille les accueille ; mais ils hésitent à peine uninstant, une irrésistible impulsion les entraîne; ils atteignent l’autre rive,tuent les canonniers, s’emparent de leurs pièces et rompent la lignedes impériaux qui fuient sur tous les points et perdent , avec leurmatériel, a 5 oo prisonniers. Après le combat, les soldats, selon leurpromesse, proclamèrent caporal le chef qui les avait si habilementcommandés.

Cependant la droite de Beaulieu avait passé l’Adda à Cassano; ellerallia dans Brescia les débris du centre, et le général en chef les condui-sit au-delà du Mincio.

L’armée française occupa Pizzighitonc, Crémone, Lodi, Cassano;elle investit le château de Milan, et Bonaparte fit, dans celte capitale,une entrée triomphante.

En dix jours on avait conquis la Lombardie. L’Italie entière, profon-dément émue, semblait appelée à de nouvelles destinées. Cette bellecontrée où ; depuis plusieurs siècles, l’intelligence lutte vainement contrela force, était en droit d’attendre de la révolution française le signal deson affranchissement. Mais le vieux mot d’ordre des Guelfes : chassonsles Barbares, ne trouvait plus d’écho parmi les souverains qui dans lestemps passés, l’avaient inscrit les premiers sur leurs drapeaux. Gênes ,Parme, Modène , étaient sans influence politique. Florence s’était façon-née à la domination d’un prince allemand ; les cours de Naples , Rome etTurin; l’aristocratie de Venise , avaient placé leur puissance caduque sousl’abri des baïonnettes autrichiennes. La Péninsule offrait partout l’affli-geant spectacle de princes abjurant tout esprit de nationalité et le com-