CAMPAGNE DE 1708.' 173
et Mourad, réduit à l’inaction, se tenait sur la défensive. Cependantla Porte ne s’tStait pas encore prononcée, elle éludait de répondre auxenvoyés du général en chef, et le négociateur qui devait justi-fier l’invasion, ne s’était point rendu à Constantinople . L’Angleterreprofita de son absence. Elle était trop alarmée de voir la France prendrepied au centre du commerce du monde pour ne point s’efforcer de porterle divan à la guerre. Ses instances, les menaces de la Russie ébranlaientdéjà le sultan, lorsque survint un évènement qui fit cesser les indéci-sions.
Après le débarquement, la plus grande partie de l’escorte s’était miseen sûreté dans le port d’Alexandrie . Kleber était là, et l’on pouvaitcompter sur lui pour repousser toute espèce d’agression. Dix-sept bâti-mens de haut bord avaient seuls gagné la pleine mer, et Bonaparte lespressait de mouiller dans un des ports de la république. Mais l’amiral,soit désir de livrer bataille, soit qu’après l’avoir jugée inévitable, il eûtvoulu choisir le lieu du combat, était resté dans la rade d’Abouqir. Sesvaisseaux embossés à une courte distance du rivage, dont il se croyaitséparé par des bas-fonds, étaient rangés, sur une ligne de trois lieues,dans l’ordre suivant, en commençant par la gauche que flanquait l’îled’Abouqir.
Le Guerrier , 74 canons; le Conquérant, 74; la Sérieuse , frégatede 36 ; le Spartiate, 74; Y Aquilon , q[\; le Peuple Souverain , 74; leFranklin , 80; l’Orient, vaisseau amiral, 120; le Tonnant, 80;Y Heureux, 74? le Mercure, 74; le Guillaume Tell, 80; le Géné-reux , 80; le, Timoléon, 80; la Diane, frégate de 4 °; la Justice , 4 ° îl’Artêmise, 36 .
Le 2 août, à 4 heures après midi, l’escadre anglaise parut, forte de1 5 voiles. Brueys fit aussitôt ses apprêts, mais le vent du nord , quirègne presque constamment sur la côte d’Egypte , soufflait avec unetelle violence, que l’attaque s’ouvrit avant que toutes les batteries fus-sent découvertes. Nelson, 'par une manœuvre familière à Bonaparte,porta la masse de ses forces contre une des extrémités, contre la gauchede son adversaire ; il avait fait sonder le rivage, il savait qu’entre Brueys et l’île il pouvait faire passer ses vaisseaux. Son escadre formée en deuxcolonnes s’avança des deux côtés du Guerrier ; à 6 heures le feu com-mença; les huit premiers vaisseaux français , au moyen de cette attaque deflanc, se trouvèrent assaillis à-la-fois par bâbord, et tribord, et toustl’étaient pas en mesure de riposter. Dans le même temps un des bâti-mens anglais en se plaçant hardiment entre l’Orient et le Tonnant coupala ligne. Ce début eut des conséquences décisives. Au bout de troisheuresle Guerrier et le Conquérant étaient pris, la Sérieuse coulée à fond.