174 ' GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
Cependant Brueys comptait encore saisir la victoire; sa droite était in-tacte ; il espérait au point du jour la faire donner avec succès et il se dis-posait à entretenir le combat durant toute la nuit, lorsqu’il fut atteintd’une blessure mortelle. Il venait d’expirer quand le feu se déclara à bordde l’Orient. Malgré les efforts de l’équipage il fut impossible de s’enrendre maître, et vers io heures le bâtiment sauta sans que cette explo-sion terrible ralentît l’action qui se prolongea jusqu’au milieu du joursuivant. Mais les officiers français , entourés, isolés, ne se battaient plusque pour sauver l’honneur du pavillon. Les uns se firent tuer, les autresbrûlèrent leurs bâtimens et se jetèrentà la côte. Nelson captura leFran-klin, le Spartiate , le Tonnant , le Peuple Souverain et le Conquérant ;quatre voiles de la droite, échappées à cet effroyable désastre, se réfu-gièrent à Malte ; le reste fut incendié ou détruit. En apprenant le résul-tat de cette fatale journée, Bonaparte s’écria; « Nous n’avons plus dek Hotte ! hé bien, il faut rester dans ces contrées ou en sortir grands comme« les anciens. » U pressentait que la Porte ne pourrait plus résister auxsuggestions de l’Angleterre; avant qu’elle fût prête, il allait tenter la con-quête de l’Orient.
Son premier soin fut d’organiser et de soumettre entièrement le pays.U avait déjà institué au Caire uii divan composé de sept scheicks, chargéprincipalement de s’interposer entre les habitans et l’armée conquérante.Un aga des janissaires veillait à la police du Caire et un intendant-géné-ral , auquel était attaché un agent français, avait pour mission de perce-voir les impôts publics et les revenus des Mamelucks , qui étaient séques-trés au profit de la république.
Pendant l’excursion contre Ibrahim, des rassemblemens d’Arabesavaient enlevé Damanhour , Mansoura, et resserré Kleber dans Alexan-drie . Us disparurent à l’approche de quelques bataillons ; mais il impor-tait de mettre fin à ces mouvemens qu’encourageaient Mourad et lesscheicks indépendans de Menzaleh. On prépara contre eux deux expédi-tions. Desaix fit scs dispositions pour combattre le bey; Yial réussit ajoindre un peu plus tard le scheick. Battu à la tête de ses bandes (octobre)celui-ci fut enlevé et conduit au Caire où Bonaparte eut l’air d’en faireun allié fidèle. U n’en fut pas ainsi de Mourad. Après la journée des Py-ramides, il s’était réfugié dans le Faïoum, province formée par un élar-gissement de la vallée du Nil, entre le Caire et la petite Oasis. Desaixsortit du camp de Gizeh , à la tête de 3 ooo combattans, pour le réduire.Les Mamelucks s’étaient renforcés de quelques milliers dArabes; l’ar-mée du bey s’élevait environ à 12,000 hommes. U était en outre servipar la population, par les localités. L’inondation étendue, des cheminscachés par les eaux à ses adversaires, lui permettaient de leur dérober ses