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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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CAMPAGNE DE 1798 .

marches et contre-marches. Mais Desaix ne se laissa surpasser ni envigilance, ni en activité. S’appuyant au Nil, il établit à Benisouîf lecentre de ses opérations et il réussit à déconcerter les manœuvres de l’en-nemi. Lorsque enfin, le fleuve fut rentré dans son Ut, Mourad se décidaà offrir la bataille, sur le coteau de Scdinent. Il formait deux lignes :d’abord, la cavalerie composée de 4 00 ° Mamclucks et 2000 Arabes;puis, 7 à 8000 hommes d’infanterie couverts d’un retranchement.

Desaix n’hésita pas à ordonner l’attaque. Lorsque Mourad vit en mou-vement le formidable carré, il lança toute sa cavalerie et le fit envelop-per. C’en était fait de la division française si ses rangs eussent fléchi.Mais elle soutint le choc avec intrépidité. Le bey, désespérant de la rompre,rassembla sa troupe, la groupa en une seule masse et se précipita sur unmême front. On l’attendit à bout portant, on l’accueillit avec un feu ter-rible, on le força de reculer. Il revint plusieurs fois à la charge, mais àchaque tentative une fusillade meurtrière l’arrêtait et le faisait plier. Ilprit enfin une habile résolution. Il se mit à l’écart et démasqua une bat-terie de 8 pièces disposées sur le retranchement. Le canon ne tarda pasà faire brèche dans la muraille d’hommes que la cavalerie ne pouvaitébranler. Mourad épiait le moment d’y pénétrer; mais Desaix, par unde ces élans que l’on ne peut trop admirer, échappa à une destructioncertaine et saisit la victoire. 11 fait battre la charge, il court aux retran-chemens, il enlève la funeste batterie et la tourne contre les Mamelucks ,qui n’ont point le temps de s’opposer à cette attaque aussi rapide que lafoudre. Les Arabes se dispersent et Mourad, affaibli de 4 oo Mamelucks ,s’enfuit dans le désert.

Cette défaite fut loin de l’abattre. A un mois de là ayant encore soulevéles Arabes , il chercha, mais sans succès, à surprendre la garnison fran-çaise de Médinet ; battu dans cette rencontre, il renonça au Faïoumpour porter la guerre dans la Haute-Égypte où Desaix se disposa à lepoursuivre.

Durant cette expédition Bonaparte fortifia l’Égypte . Il fit construire unfort à Salhiéh; il mit Falcheiket Bclbeis à l’abri d’un coup de main. Deplus, il essaya d’établir des intelligences avec l’Arabie et il étenditses relations jusqu’à l’Inde où le sultan de Mysore tenait tête aux arméesanglaises. Cependant la guerre n’absorbait pas tous ses instans. Par sonhabileté à se concilier les scheicks et les ulémas, par son attention à veillerà la justice, à satisfaire aux exigences des préjugés et des croyances, il nese montra pas moins habile a fonder un empire qu’à en faire la conquête.Parmi ses créations on nepeut omettre celle de l’institut d’Égypte qui dé-posa , dans ce berceau de l’antique civilisation, le germe des sciences etdes arts modernes qui devaient le rappeler à la vie.