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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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CAMPAGNE DE 1799. 213

les lances des Cosaques sur la frontière française et retenir dans le Dau-phiné les troupes qui eussent rejoint Moreau. Avec ce qui lui restaitd’hommes disponibles, il bloquait la citadelle de Turin et faisait glisserdes détachemens autour de Ceva et Mondovi, comme s’il eût eu desseinde tourner par la droite la position de Coni.

Il pensait ainsi attacher Moreau au col de Tende, et il comptait surBellegarde pour achever de couper la retraite de Macdonald, lorsque lesnouvelles qu’il reçut de ce côté changèrent tous ses plans.

L’armée française ayant évacué Naples après les désastres de l’Adige ,avait rapidement parcouru toute la longueur de l’Italie . L’ennemi, pourla rejeter sur le revers méridional de l’Apennin , avait échelonné sur laroute : Klenau à Ferrare et Modène; Ott à Parme , Plaisance et Pontre-moli; Mêlas, puis Bellegarde dans la plaine de Marengo. On ne doutaitpoint qu’elle ne se décidât à suivre la chaussée de la Spezzia, pour serendre directement à Gênes , lorsque Suwarof apprit que loin d’éviter lecombat elle débouchait en deux colonnes par Modène et Pontremoli;qu’elle avait replié Klenau sur Ferrare ; que le Mantouan était en alar-mes; que Kray avait suspendu les opérations du siège pour se rapprocherdu Pô; que Ott était mené battant sur Plaisance; et qu’enfin Moreauayant porté sa gauche sur son centre, paraissait prêt à descendre del’Apennin par Bobbio et la Bochetta.

Ces nouvelles étaient foudroyantes. Suwarof en fut ému; mais il pritsa résolution avec une célérité digne des plus grands éloges. Après avoirmasqué la citadelle de Turin et poussé ses détachemens jusqu’à Ormeapour inquiéter Moreau sur sa retraite ( i5 juin), il saisit le gros de sesforces et courut à Alexandrie . Là, il trouva Bellegarde qu’il chargea desurveiller le débouché de Novi; puis, continuant sa marche rapide etemmenant avec lui Mêlas, il se porta avec environ 3o,ooo hommes sur laTrebbia , décidé à intercepter la route de Plaisance à Gênes et de com-bler l’intervalle entre Macdonald et Moreau.

Il était temps ; Macdonald avait ramené du fond de la Péninsule les di-visions Rusca, Watrin, Olivier, et la brave légion polonaise de Dom-browski; en Toscane , il s était renforcé de Montrichard et de Victor. Cettemasse de plus de 3o,ooo hommes au sortir de l’Apennin avait tout cul-buté devant elle, et pour assurer sa jonction avec Moreau, elle n’avaitplus qu’à s’affermir sur les torrens de la Trebbia et du Tidone qui cou-vrent le chemin de Gênes à Plaisance.

Le premier était déjà forcé; Ott en voulant disputer le second, se fai-sait écraser par la tête de colonne, lorsque l’avant-garde de Suwarof in-tervenant rétablit le combat et replia les Français en désordre jusqu’à laTrebbia . Le fcld-maréchal crut profiter de la première surprise, pour