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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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CAMPAGNE DE 1800.

après, Suchct, après avoir rallie tous les détachemens du comté de Nice et laissé dans le fort de Montalban une garnison, passa le pont du Var pour rentrer sur le territoire français. Cependant Ott et /jo,ooo impériauxbloquèrent Gènes où Massena, réduit à 1 5,ooo hommes fit une résistancedigne de lui. On sait que cette ville est située sur la côte, au fond d’unamphithéâtre triangulaire, de trois lieues de périmètre, formé parun chaîne de hauteurs , dont le versant extérieur est séparé de l’Apennin par des vallées profondes et dont la crête est surmontée d’une enceinteassise sur le roc; la place elle-même, revêtue d’un second rempart esthors de la portée de la bombe et cette double ceinture est encore proté-gée par des forts détachés. Tous ces ouvrages étaient bien armés, l’arsenalbien pourvu, et la majeure partie des liabitans bien disposée en faveurdes Français , mais l’escadre anglaise bloquait étroitement le port et nepermettait pas de renouveler l’approvisionnement de l’armée et d’une po-pulation de 5o,ooo âmes.

Ott , après avoir essayé vainement de pénétrer par escalade dans la pre-mière enceinte, leva en masse les paysans en état de porter les armes, re-trancha les avenues de la ville et la resserra de manière à la réduire parla famine. Jusqu’au i3 mai, Massena fit plusieurs sorties et se procurades vivres; mais enfin, dans un dernier combat, la victoire se déclarapour le nombre. Soult grièvement blessé fut fait prisonnier, ses troupesrentrèrent dans leurs quartiers et l’on renonça à l’espoir de rompre la li-gne de blocus. Dès-lors ce fut contre la disette qu’on eut à lutter : on miten réquisition des magasins de cacao, de millet, d’orge, de fèves; cesfaibles ressources furent bientôt épuisées; enfin le 2 juin il n’y eut plusdans cette vaste ville qu’un cri de désespoir. Le peuple entier se [soulevademandant du pain ou la mort; le général en chef apaisa ce tumulte enpromettant de négocier si dans les vingt-quatre heures il n’était passecouru. Le lendemain les conférences s’ouvrirent au moment même ouOtt recevait l’ordre de lever le siège. Cette circonstance lui faisait uneloi de se presser de conclure. Le 5 juin la convention d’évacuation futsignée. Les généraux coalisés en cédant sur d’autres points obtinrent deMassena l’insertion d’une clause singulière qui, au reste, est son plus beléloge. Ils exigèrent qu’il s’embarquât pour la Provence avec les bagages,l’artillerie et les escortes. Le reste de la garnison au nombre de 85oocombattans sous les ordres de Gazan sortit en armes , mais sans canons,par la route de la Corniche qui était alors libre d’ennemis.

Suchct n’eut pas moins de ténacité: la tête de pont du Var était cou-verte par une ligne de retranchemens où il avait renfermé une arrière-garde. Mêlas la fit attaquer à deux reprises différentes et fut repousséaprès avoir essuyé de grandes pertes. Un troisième assaut n’eut pas plus