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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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CAMPAGNE DE 1800 . 231

60,000 hommes, à travers des défilés réputés inaccessibles. Jamais expé-dition ne fut mieux conçue et conduite avec plus de secret. Cette arméede réserve, dont on n’avait rassemblé à Dijon qu’un faible noyau et dontles émissaires de l’ennemi pouvaient révoquer eu doute l’existence, étaitbien réellement sur pied. Elle se composait d’une des divisions de Le-courbe, des corps que l’on avait placés sur le Haut-Rhin en présence duprince de Reuss , de la division qui, depuis le commencement des hosti-lités, occupaitle Valais , et des troupes de toutes armes, que de divers pointsde l’intérieur on avait fait filer sans bruit sur les rives du lac de Genève.

Les ingénieurs français avaient sondé tous les cols des Alpes , et l’ons’était arrêté au projet de pousser les deux divisions de droite par leMont-Genèvre, le Mont-Cenis, le petit Saint-Bernard ; de mettre toute lagauche sous les ordres de Moncey, pour déboucher parle Simplonet leSaint-Gothard ; enfin de faire descendre le corps de bataille des sommetsdu grand Saint-Bernard.

C’est surtout de ce côté qu’on espérait surprendre l’ennemi; le vald’Aoste était à peine gardé. Les généraux autrichiens avaient pensé que3 ooo hommes postés à Cbâtillon, appuyés sur le fort de Bard, suffisaientà barrer le col du petit Saint-Bernard . Quant au grand Saint-Bernard, ilétait hors de toutes les prévisions de la guerre. Trois lieues de glaces etde neiges éternelles; un sentier rompu par des rochers, bordé d’un af-freux précipice et toujours menacé par les avalanches, semblaient l’inter-dire à jamais à une armée pourvue de scs bagages et de son artillerie.Mais l’habileté des ingénieurs avait pourvu à tout: on avait creusé destroncs d’arbres pour y placer les canons, on avait disposé des brancardspour transporter pièce à pièce les caissons et les affûts. Ces apprêts ter-minés, Bonaparte se rendit à Genève , où il arriva le 8 mai; il apprit avecjoie que le passage n’était pas impossible, et il donna sur toute la lignel’ordre de mouvement.

Les troupes réunies autour du lac de Genève, furent organisées de lamanière suivante : avant-garde, général Lannes deux brigades d’infan-terie, une brigade de cavalerie; premier corps, général Duhesme, divi-sions Loison et Boudet, y compris deux escadrons de chasseurs; secondcorps, général Victor , divisions Chambarlhac et Chabran, y compris unrégiment et un escadron de cavalerie; réserve de cavalerie, généralMurat, cinq régimens de grosse cavalerie, trois régimens de cavalerie lé-gère ; enfin, la légion italienne de Lecchi .

Cette masse, forte en tout de 35 ,000 hommes, moins Chabran qui étaitdéjà en partie au petit Saint-Bernard, s’entassa dans le Valais . Lannes, ou-vrant la marche, s’engagea au sortir de Saint-Pierre dans le sentier glacéqui conduit au sommet de la montagne. On avait démonté les voitures des

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